Le portefeuille "All Weather" de Ray Dalio résiste à tout

Le portefeuille "All Weather" de Ray Dalio résiste à tout

Comment faire prospérer un patrimoine en minimisant les risques ? Cette question intéresse évidemment nombre d'entre nous. Ray Dalio, fondateur de Bridgewater, a mis au point le All Weather Portfolio, un portefeuille qui a démontré sa capacité à créer et à préserver de la valeur quel que soit le climat économique.
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Rédigé par Jordan BELGRAVE

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Modifié par Jordan BELGRAVE

le 10 Juillet 2024

Le portefeuille All Weather de Ray Dialo

Qui est Ray Dalio ?

Ray Dalio a fondé en 1975 le hedge fund Bridgewater, qui gère les fonds de clients institutionnels tels que des fonds de pension, des fondations, des gouvernements et des banques centrales. Il constitue l’un des principaux hedge funds au monde avec plus de 125 milliards d’euros en gestion. La nature de ses clients tout autant que sa vision personnelle l’ont amené vers une certaine prudence dans les choix d’investissement. Il s’est notamment distingué lors de la crise de 2008, lors de laquelle sa principale stratégie, Pure Alpha, a fini avec un gain de plus de 10 %, alors que la grande majorité des investisseurs affichaient des pertes à deux chiffres.

Qu’est-ce que le All Weather portfolio ?

Ray Dalio a popularisé son approche auprès du grand public au travers du « All Weather portfolio », un portefeuille accessible à tous qui s’inspire d’un principe fondateur de sa stratégie d’investissement : la parité des risques. Selon celui-ci, les différents éléments d’un portefeuille ne doivent pas présenter les mêmes risques et doivent être associés avec des pondérations précises pour permettre de minimiser globalement le risque, tout en maintenant une performance correcte. Pour expliquer cette approche prudente et raisonnable de l’investissement, Ray Dalio rappelle à juste titre les difficultés de la prévision en investissement :

« Nous avons 1500 personnes qui travaillent à Bridgewater, nous dépensons des centaines de millions de dollars pour la recherche, nous faisons tout cela depuis 37 ans et, pourtant, nous ne savons toujours pas si nos trades vont être gagnants ou perdants ». Ray Dalio

 

En réponse à cette relative imprévisibilité, le All Weather Portfolio est organisé pour être adapté aux différentes « météos » et « saisons » économiques, qui sont, selon Ray Dalio, structurées autour de deux grands critères : la croissance et l’inflation. Il faut se diversifier entre plusieurs actifs dont la diversité des comportements garantit la santé globale du portefeuille quelle que soit l’évolution de ces deux variables fondamentales.

Graphique croissance / inflation

  • En phase de croissance inflationniste, l’or, les matières premières et les actions se portent bien.
  • En phase de croissance déflationniste, les obligations et les actions se portent bien.
  • En phase de récession inflationniste (stagflation), l’or se porte bien.
  • En phase de récession déflationniste, les obligations maintiennent un revenu et peuvent voir leur valeur augmenter.

Grâce à cette souplesse, le portefeuille All Weather a démontré sa capacité à créer ou préserver de la valeur dans des contextes économiques et financiers très différents.

Retours par décennie,

Pour réussir une telle performance, le portefeuille se compose de :

  • 30 % d'actions, pour lesquelles Ray Dalio suggère l'indice S&P 500
  • 40 % d'obligations US à long terme (échéance supérieure à 20 ans)
  • 15 % d'obligations US à moyen terme (échéance entre 7 et 10 ans)
  • 7,5 % d'or
  • 7,5 % de produits de base ou de matières premières

Pourquoi ce portefeuille contient-il aussi peu d’actions ?

L’objectif du portefeuille All Weather est de réduire fortement la volatilité tout en maintenant un rendement intéressant. Pour Ray Dalio, la majorité des investisseurs ont un portefeuille excessivement concentré en actions. Lorsque les marchés vont bien, ces portefeuilles s’envolent. Mais, quand les marchés ou les perspectives économiques ralentissent, ces portefeuilles baissent de manière conséquente. Même les gérants des hedge funds les plus réputés sont souvent pris de court par la violence de la baisse durant les krachs boursiers. Or, si l’enjeu de l’investissement en Bourse est votre avenir financier, votre retraite ou vos projets de vie, il n’est pas possible de le soumettre à autant de volatilité.

Pourquoi limiter la volatilité ?

Pour qui n’a jamais vécu un krach financier, une baisse peut sembler limitée, puisque le graphique indique après coup le moment où le cours est reparti à la hausse. Mais il faut bien comprendre que, sur le moment, cette chute semble ne jamais devoir s’arrêter. À votre inquiétude personnelle s’ajoutent alors les discours catastrophistes et anxiogènes qui commencent à fleurir dans les médias généralistes et spécialisés, « Wall Street en panique », « Rejet du plan de sauvetage», « La pire récession du siècle ». Ceux qui ont le cœur suffisamment accroché pour ne pas se laisser emporter par la vague de panique sont finalement peu nombreux, et la majeure partie des investisseurs, professionnels et particuliers, clôturent des investissements en perte, par peur que cette baisse ne continue et vienne rogner une part encore plus grande de leur capital. Raison pour laquelle une faible volatilité est un critère important pour de nombreux types d’investisseurs :

  • Ceux qui ont une faible tolérance au risque ou ceux ont un sommeil fragile

  • Ceux qui visent avant tout la préservation du capital investi (notamment en vue d’un investissement à court ou moyen terme)

 
Pour cette raison, le portefeuille All Weather surpondère les obligations en comparaison d’autres portefeuilles comme le classique « 60/40 » (60 % d’actions et 40 % d’obligation), parce que Ray Dalio considère les obligations comme des actifs plus sûrs et moins volatils. En phase de ralentissement ou de récession, elles offrent en effet un revenu régulier et une certaine protection. En phase d’inflation faible, avec des taux d’intérêt généralement baissiers, leur valeur va également augmenter.

Enfin, l’or et les matières premières sont des actifs sans rendement mais qui ont tendance à voir leur prix évoluer de manière positive dans des climats inflationnistes.

Bien sûr, le rendement du portefeuille All Weather ne peut pas concurrencer un portefeuille 100 % en actions sur le long terme. Celui-ci a ainsi réalisé un rendement moyen annuel de 4 % sur les dix dernières années (2014-2024), plombé par une année 2022 particulièrement mauvaise pour les obligations. Dans le même temps, le S&P 500 a produit 10,72 % de rendement annuel sans réinvestissement des dividendes.

Graphique SPX et AW

Mais, conformément à ses principes, le portefeuille All Weather a démontré sa robustesse durant tous les récents krachs financiers :

  • En 2001, sa baisse maximum a été de 4 %, contre 31 % pour le S&P 500, et il a fini l’année en résultat stable.
  • En 2008, sa baisse maximum a été de 11,50 %, contre 48 % de baisse pour le S&P 500 sur l’année, et il a fini l’année en résultat stable.
  • Lors du crash de 2020, sa baisse maximum a été de 20,60 %, contre 34 % pour le S&P 500.

De manière surprenante, c’est en 2022, en raison du krach obligataire, qu’il a connu sa plus grosse baisse.

 

Graphique Drawdown

Légende : Les baisses maximum sur un portefeuille All Weather dont les dividendes sont réinvestis. Backtest depuis 1970)

Grâce à son fonctionnement, le portefeuille All Weather permet donc de n’avoir pas à faire des anticipations sur le marché, ce qui est fort reposant. Il est ainsi particulièrement adapté aux investisseurs prudents et ceux ayant une forte aversion au risque.

Comment se constituer un portefeuille All Weather avec des ETF ?

Actifs du portefeuille ETF Éligible au PEA ?
Actions Lyxor PEA S&P 500 UCITS ETF Oui
Alternatives avec des actions Monde (davantage de rendement et de volatilité) Amundi MSCI World UCITS ETF – EUR Oui
Alternatives avec des actions européennes Independance et Expansion Europe Small A Oui
Obligation US long-terme iShares USD Treasury Bond 20+yr UCITS ETF USD Non
Alternatives avec des obligations européennes iShares EUR Government Bond 20yr Target Duration UCITS ETF EUR Non
Obligations US À moyen-terme iShares USD Treasury Bond 7-10yr UCITS ETF Non
Alternatives avec des obligations européennes Amundi Euro Government Bond 7-10Y UCITS ETF Oui
Or Amundi Physical Gold Non
Produits de base ou matières premières Lyxor Refinitiv/CoreCommo CRB ETF EUR Non
BNP Paribas Easy Energy & Metals Enhanced Roll UCITS ETF EUR Non
Alternatives en actions pour les dividendes Amundi STOXX Europe 600 Basic Resources UCITS ETF Oui
 Amundi STOXX Europe 600 Basic Resources UCITS ETF Oui

Rebalancer, mais à quel rythme ?

Comme tout portefeuille qui obéit à des pondérations strictes, le All Weather demande que l’on rééquilibre régulièrement ses composantes pour maintenir la répartition globale. Ce rebalancement consiste donc à vendre les actifs qui ont sur-performé et à acheter ceux qui ont sous-performé. Cela peut être contre-intuitif pour un investisseur débutant, mais revient à appliquer cette maxime de base de l’investissement : « buy low, sell high », soit « acheter bas et vendre haut », qui permet de limiter les risques.

Les données montrent que le rythme trimestriel est le plus efficient pour le rebalancement, même si la différence avec un rebalancement annuel est faible et induit de surcroît des frais supplémentaires de transaction. Tous ceux qui cherchent à consacrer le moins de temps possible à ce portefeuille ont donc tout intérêt à maintenir un rythme annuel de rebalancement.

Afin d’éviter les plus-values, il peut être intéressant, plutôt que de vendre l’actif qui a sur-performé, d’augmenter la taille globale du portfolio en achetant davantage les autres actifs afin d’accroître leur part relative jusqu’à retrouver les pourcentages voulus.

Exemple pour le rebalancement à effectuer fin 2023 :

  • Le S&P 500 a augmenté de 24 %
  • La valeur des obligations US long terme a baissé de 4 %
  • La valeur des obligations US moyen terme est restée stable
  • L’or a augmenté de 18 %
  • Les matières premières ont diminué de 9 %

Plutôt que vendre des actions et de l’or pour acheter un peu de matières premières et d’obligations, vous décidez alors d’augmenter la valeur globale du portfolio en faisant en sorte que l’ensemble des éléments retrouvent leur bonne pondération. Pour cela, il suffit de compenser le différentiel entre l’évolution de chaque actif au cours de 2023 et la hausse réalisée par l’actif qui a le plus augmenté, ici les actions, soit :

  • 20 % de plus pour les obligations US long terme par rapport au début de 2023
  • 24 % de plus pour les obligations US moyen terme par rapport au début de 2023
  • 6 % de plus pour l’or
  • 33 % de plus pour les matières premières

Ce qui donne une hausse globale de 14 % du portfolio, pour laquelle il faut évidemment avoir préparé les ressources nécessaires.

Et pourquoi ne pas se simplifier la vie avec des liquidités ?

Contrairement à certains investisseurs comme Warren Buffett, Ray Dalio considère que rester en liquidités est toujours la plus mauvaise idée. Il utilise régulièrement la formule « cash is trash », que l’on peut traduire par « l’argent liquide, c’est nul ».

D’une part, il considère que l’inflation fonctionne comme « une taxe, d’au moins 2 % par an » et, d’autre part, que les actifs financiers vont, avec une bonne diversification, « sur-performer, en moyenne, les liquidités ». Même un investissement partiel en actifs financiers ne peut que compenser l’inflation : prenons un portefeuille investi à 25 % en actifs financiers, qui rapportent 6 % net d’inflation ; avec 75 % restant en liquidités, la performance globale nette d’inflation du capital se limite à 0 %, ne faisant donc qu’annuler les effets d’une inflation à 2 %.

Quelles sont les limites du portfolio All Weather ?

Comme tout portefeuille passif, celui-ci a le défaut d’être peu réactif.
Comme tout portefeuille structuré par une arithmétique simple, ses différentes pondérations ne peuvent pas, selon les propres mots de Ray Dalio, être « exactes ou parfaites », mais ont pour qualité d’être pertinentes et « faciles à gérer pour l’investisseur moyen ».

Comme tout portefeuille avec un risque faible, sa rémunération paraîtra insuffisante à tous ceux qui cherchent à maximiser le rendement.
Enfin, le All Weather est plutôt inadapté pour ceux qui investissent chaque mois, parce que le nombre d’ETF composant le portefeuille (au moins 5) induit des frais d’achat qui, cumulés, peuvent représenter un pourcentage important d’un versement mensuel de 100 ou 200 €.



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