Comment quitter la France avec le sourire

Comment quitter la France avec le sourire

Nous vous proposons un tour d'horizon des expatriations les plus simples à réaliser en fonction de votre activité et de votre profil. Nous avons privilégié des destinations européennes, à la fois pour minimiser le choc culturel, et par commodité tant pour la préparation du départ que pour se donner la possibilité d'aller-retours fréquents.

Rédigé par Jordan BELGRAVE

le 08 Octobre 2025

Pourquoi partir de France ? Chacun aura ses raisons : plus de soleil, la peur des spoliations bancaires, aller chercher une économie plus dynamique, échapper à l’insécurité grandissante, ou encore partir avant la taxe Zucman ou tout autre succédané de celle-ci. L’essentiel est de bien choisir sa destination et de bien organiser son transfert.

La Suisse : le pays parfait ?

La Suisse ne manque pas de qualités pour attirer de nouveaux résidents : paysages magnifiques, situation politique stable, environnement économique dynamique, monnaie bien gérée et fiscalité attractive. Le pays réussit à être à la fois le deuxième pays le plus libre économiquement (selon l’indice de la Heritage Foundation) mais aussi le deuxième mieux classé au monde pour l’espérance de vie. La seule réelle condition pour profiter de la Suisse est d’avoir des revenus suffisants pour compenser un coût de la vie plus élevée qu’en France, que ce soit sur le logement ou les biens de consommation.

Pour les salariés, la Suisse permet de voir augmenter son salaire de manière considérable en plus de charges sociales bien inférieures. Les retraités peuvent optimiser leur situation grâce au forfait fiscal suisse permettant une imposition basée sur les dépenses plutôt que sur les revenus. Cependant, il faut bien choisir son canton, car l'impôt sur le revenu (IR), l'impôt sur les sociétés (IS), et l’application du forfait fiscal varient considérablement selon le canton où vous choisirez de vous installer : l’IR peut varier de 12 % à plus de 35 % (Genève), l’IS de 12 % à 24 %, et le forfait fiscal est peu ou pas appliqué dans les grandes villes.

Parmi les nombreux avantages patrimoniaux sur l’ensemble du territoire, l'absence d’impôt sur le patrimoine immobilier, une imposition des plus-values mobilières particulièrement favorable, et des opportunités d'optimisation patrimoniale sophistiquées notamment à travers le système des trois piliers de prévoyance.

Luxembourg : un choix très sélect

Le Luxembourg offre une excellente qualité de vie, une stabilité sociale et politique extraordinaire en Europe, et une fiscalité intéressante dans de nombreux domaines. Premier élément, le nouveau régime des impatriés offre une exonération forfaitaire sur l’impôt (pas sur les cotisations) de 50 % de la rémunération annuelle brute jusqu'à 400.000 € pendant huit ans maximum, constituant l'un des dispositifs les plus généreux d'Europe. Ce dispositif se combine avec des rémunérations bien supérieures aux standards français.

Deuxièmement, les entrepreneurs bénéficient d'un environnement fiscal compétitif avec un impôt sur les sociétés de 17 % maximum et un taux d'imposition effectif maximum sur les dividendes de 22 %. Enfin, il n’y a pas d'impôt sur le patrimoine. Le coût de la vie et de l’immobilier sont bien sûr plus élevés qu’en France (hors Paris pour l’immobilier).

Le Portugal : toujours aussi attractif ?

Le Portugal reste attractif pour le coût de la vie, le climat et le système de santé accessible. Il a néanmoins perdu de son intérêt pour les retraités qui sont désormais soumis au régime fiscal de droit commun. Pour les salariés, le choix du secteur détermine l’intérêt du pays car seuls certains secteurs comme la finance, l’assurance, ou les hautes technologies peuvent proposer des rémunérations significativement supérieures à un salaire moyen plutôt faible. Les salariés et indépendants travaillant pour des secteurs stratégiques (technologies de l'information, ingénierie, recherche médicale, énergies renouvelables, ou encore les biotechnologies), peuvent être éligibles à un dispositif dérogatoire avec imposition forfaitaire de 20 % pendant dix ans, ainsi que l’exonération fiscale sur certains revenus de source étrangère, pour autant qu’ils soient éligibles au dispositif.

Ajoutons à cela, les opportunités d’un secteur immobilier encore attractif (en dehors de Lisbonne et de Porto) mais aussi une fiscalité sur les cryptoactifs qui reste une des plus intéressantes d’Europe, avec une exonération totale sur les plus-values après 365 jours de détention.

L’Espagne : vivre mieux pour moins cher ?

Quitter la France pour l'Espagne

Qualité de vie, culture, climat méditerranéen, l’Espagne a décidément bien des attraits, en plus d’un coût de la vie qui, en dehors de Barcelone et Madrid, est inférieur de 20 à 30 % à celui de la France. Malgré un salaire moyen évidemment inférieur à celui de la France, l'Espagne offre des perspectives intéressantes pour les salariés qualifiés dans certains secteurs en expansion comme les technologies de l'information, les énergies renouvelables, et les services financiers. La présence significative d'entreprises françaises implantées en Espagne crée des opportunités spécifiques.

Sur le plan fiscal, le pays applique un système progressif, assez similaire à celui de la France, mais offre un régime fiscal spécifique pour certains impatriés, dite « Loi Beckham » qui permet de bénéficier d’un taux d'imposition forfaitaire de 24 % sur les revenus du travail jusqu'à 600 000 € pendant six ans, combiné à une exonération totale des revenus de source étrangère. Toutefois, le transfert en Espagne doit être motivé par des raisons professionnelles légitimes. Pour déterminer votre province d’installation, il convient de prendre en compte l’autonomie régionale importante en matière de fiscalité immobilière.

L’Italie : un nouveau Risorgimento ?

Quitter la France pour l'Italie

En plus de ses nombreux attraits culturels et gastronomiques, l'Italie s'est récemment positionnée comme une destination attractive pour de nombreux profils d’expatriés. Il a été récemment question d’un exode de hauts patrimoines français vers l’Italie, et c’est essentiellement dû au forfait fiscal de 200 000 € par an qui permet de s’acquitter de l’ensemble de ses contributions fiscales pour tous les types de revenus de source étrangère (revenus de capitaux, revenus d'entreprise, gains en capital, revenus fonciers provenant de l'étranger). Les retraités sont également très bien accueillis puisque, s’ils s’installent dans une petite commune du Sud du pays, ils bénéficient, pendant 10 ans, d’une imposition à 7 %, et ce sur l’ensemble de leurs revenus de source étrangère.

Pour les professionnels hautement qualifiés, le régime des impatriés constitue l'une des mesures les plus avantageuses d'Europe en offrant 50 % d’exonération fiscale, et même 60 % avec un enfant. Les chercheurs et professeurs bénéficient d'un traitement préférentiel avec une exonération qui monte jusqu’à 90 %. Toutefois, les entrepreneurs ne sont plus éligibles au régime. Des avantages pour tous les expatriés : les plus-values immobilières bénéficient d’une exonération totale pour les biens détenus depuis plus de cinq ans, et la taxation des revenus de location longue durée a été simplifiée avec un taux fixe de 21 %. 

La Grèce : le nouvel eldorado pour retraités ?

La Grèce s’est fixé comme objectif de valoriser au moyen de dispositifs fiscaux particulièrement avantageux, un pays magnifique au climat agréable et au coût de la vie modéré. Au premier rang d’entre eux, le régime spécial retraités offre une imposition de 7 % pendant 15 ans, pour l’ensemble des revenus de source étrangère. Ensuite, un dispositif "non-dom" pour les hauts patrimoines, d’une durée de 15 ans maximum, permet de payer un forfait annuel de 100 000 € indépendamment du montant des revenus étrangers, soit moitié moins que le forfait actuel proposé par l’Italie. La principale condition est la réalisation d’un investissement (immobilier, actions grecques, placements dans l'économie locale) d’au moins 500 000 € dans un délai de 3 ans. L’imposition forfaitaire peut même être réduite à 50 000 ou 25 000 € si l'investissement réalisé en Grèce dépasse respectivement 1,5 ou 3 millions d’euros.

Les salariés peuvent trouver dans le secteur technologique des opportunités intéressantes avec l'installation d'entreprises internationales et le développement d'un écosystème startup dynamique. Pour les entrepreneurs, l’IS en Grèce est à 22 %, et des incitations fiscales sont disponibles pour les investissements dans l'innovation et les nouvelles technologies. Côté patrimoine, le marché immobilier grec reste intéressant, avec un potentiel d'appréciation, à quoi s’ajoute une absence d'impôt sur la fortune.

Quelques précautions à prendre

Pour ce qui concerne les systèmes fiscaux dérogatoires pour les retraités que nous vous présentons ici, seuls les retraités du privé peuvent en profiter. Parce que la France conserve son droit de taxation sur les biens immobiliers situés sur son territoire, notamment l’IFI, il peut être intéressant de se délester de son immobilier français pour privilégier des réinvestissements dans le pays d’expatriation. Pour l’assurance-vie, privilégier les outils adaptés à la mobilité internationale, comme l’assurance-vie luxembourgeoise.

Le Danemark : le paradis est-il au Nord ?

Dirigé par des sociaux-démocrates remarquablement pragmatiques dans tous les domaines, le Danemark offre l’une des meilleures conditions de vie au monde, sans doute en lien avec son statut de pays le moins corrompu au monde : un modèle social bien financé, un système éducatif gratuit et de qualité, un secteur de la santé parmi les meilleurs d’Europe, un marché du travail dynamique axé autour du principe de “flexisécurité” avec de nombreux secteurs économiques très compétitifs mondialement.

Parmi les points négatifs : un coût de la vie supérieur de 30 % à celui de la France et une tranche supérieure de l’IR qui dépasse les 50 %. Néanmoins, si le niveau de fiscalité général est important, il est bien plus simple qu’en France, puisqu’il repose principalement sur l'impôt sur le revenu, la TVA et l'impôt sur les sociétés. L’IS est à 22 %, les cotisations sociales quasiment inexistantes, les plus-values sur cession d'entreprise bénéficient d'une exonération après 3 ans de détention, et un régime spécial a été mis en place pour faire bénéficier les salariés expatriés hautement qualifiés d’un taux forfaitaire de 33 % d’IR pendant sept ans maximum.

En matière de patrimoine, le Danemark n’impose aucune taxe. Cela dit, si l'investissement locatif local peut offrir des rendements attractifs, les impôts fonciers et les taxes sur les revenus locatifs demeurent élevés. 

La République Tchèque : la surprise de l’Europe Centrale

Passé en 35 ans du socialisme soviétique à la 20ème place sur l’Indice de liberté économique de la Heritage Foundation, soit devant l’Allemagne et les États-Unis, la République Tchèque est un pays qui a su se rendre attractif.

Tout d’abord, son impôt sur le revenu est de 15 % jusqu’à 75 000 € annuels et de 23 % au-delà, et on n’y trouve aucune forme d'impôt sur le patrimoine. Afin d’attirer les entrepreneurs et les travailleurs indépendants, le pays a développé un système de licence commerciale avec la possibilité d’opter pour une déduction automatique de 60 % des revenus bruts sans obligation de justifier des frais réels.

De plus, l’économie du pays est particulièrement dynamique, notamment car la position géographique du pays facilite l’accès à tous les marchés d'Europe centrale et orientale. En matière d’immobilier, la fiscalité tchèque est particulièrement intéressante, avec un impôt foncier modeste, une exonération totale des plus-values après cinq ans de détention. Et, pour ne rien gâcher, le coût de la vie est (encore) inférieur de 20 % à celui de la France.

La Croatie : quels sont les attraits de la perle de l’Adriatique ?

Avec le bord de mer le plus somptueux de l’Adriatique, quelques villes sublimes, des sites naturels de grande qualité, et un coût de la vie inférieur à celui de la France, la Croatie a déjà de quoi séduire. Elle a en plus de nombreux atouts au niveau fiscal.

Les taux d'imposition se montent au maximum à 35 %, avec des variations selon votre région de résidence. Les cotisations sociales se montent par contre à 35,2 %. Les retraités bénéficient d'un traitement fiscal particulièrement avantageux sur leurs pensions françaises, avec des taux effectifs d'imposition de 10 % jusqu’à 4000 € et 15 % au-delà.

Pour les travailleurs indépendants et les salariés d'entreprises étrangères, la Croatie propose un visa nomade digital croate permettant de bénéficier d'une exonération totale d'impôt sur le revenu pour leurs activités exercées au profit de clients ou d'employeurs non-croates. Parce que des dérogations aussi importantes ne peuvent durer et sont donc limitées à 3 ans.

Enfin, pour les entrepreneurs, l’IS est à 18 %, avec un taux réduit à 10 % pour les entreprises réalisant un chiffre d'affaires inférieur à 1 million d'euros. L’investissement immobilier en Croatie peut encore présenter des avantages même si la récente réforme de la taxe foncière a réduit le rendement locatif.

La Slovénie : ce petit pays où vous pouvez déshériter un enfant

Ce petit pays d'Europe centrale offre une économie solide et diversifiée, et des coûts immobiliers bien plus abordables que la France. La Slovénie cherche notamment à attirer les chercheurs, professionnels et experts étrangers en offrant un abattement de 70 % pendant les cinq premières années de résidence fiscale dans le pays. Les secteurs les plus concernés incluent l'ingénierie, l'informatique, la finance, la recherche scientifique, le management et les professions médicales.

Le taux d'impôt sur les sociétés de 19 % reste compétitif, et sa position stratégique au croisement de l’Italie, de l’Europe Centrale et des Balkans permet de développer des activités commerciales transfrontalières tout en bénéficiant des avantages fiscaux locaux.
Sur l’immobilier, les villes moyennes permettent d'acquérir des biens de qualité pour des montants très inférieurs aux prix français, avec des plus-values immobilières bénéficiant d'un régime d'exonération progressive qui devient complète au bout de 5 cinq ans. Enfin, particularité locale, le régime successoral slovène ne prévoit pas de réserve héréditaire, il vous est donc possible, en tant que résident fiscal slovène, de déshériter un ou des enfants pour les actifs situés dans ce pays.

Les meilleures destinations selon votre profil :
Vous êtes salarié ? Vous êtes retraité ? Vous vivez de vos investissements ? Vous êtes entrepreneur digital ?
  • La Suisse
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  • La Slovénie 
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  • La Slovénie

Autant de possibilités qui s’offrent à ceux qui commencent à trouver la France asphyxiante ou trop risquée. Votre revenu annuel sera évidemment un déterminant essentiel pour faire votre choix, car, entre des pays comme la Suisse et la Slovénie, le coût de la vie varie au moins du simple au double.

De toutes ces destinations, l’Italie constitue sans doute à l’heure actuelle le choix le plus équilibré, entre proximité culturelle, proximité géographique, qualité et coût de la vie. Il est très probable que l’on y retrouve un nombre croissant de professionnels, de très hauts patrimoines, mais surtout de retraités qui vont sans doute se détourner du Portugal pour tomber sous le charme de la côte Amalfitaine et des autres merveilles du Sud italien.