L’économie de guerre se met en place
L'émergence d'un nouveau complexe militaro-industriel
L'Europe opère un changement de paradigme historique. Depuis 2022, les budgets militaires connaissent une hausse inédite : les membres européens de l’OTAN ont investi 454 milliards de dollars dans leur défense, représentant désormais 30 % des dépenses totales de l'Alliance. Cette dynamique structurelle est assez bien répartie puisque, sur les 32 membres de l’OTAN, 18 respectent désormais l'objectif des 2 % du PIB consacrés aux armées, contre seulement 11 en 2023.
Ce réarmement s'appuie sur des mécanismes financiers pérennes, comme le Fonds européen de défense, et sur des changements réglementaires qui vont favoriser les secteurs industriels contribuant à la préparation de l’Europe. Cette dynamique favorise les technologies "duales", utilisables tant dans le civil que le militaire, et profite donc aux géants de l'aéronautique et de l'électronique, propulsant au premier plan des secteurs critiques : la cybersécurité, la guerre électronique et l'intelligence artificielle militaire.
Comment investir ?
1) Des grands noms qui ont un beau potentiel :
| Leonardo (LDO, PEA) | Leader italien de la défense |
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| MTU Aero Engines (MTX, PEA) | Acteur majeur des moteurs pour les avions militaires |
| Indra Sistemas (IDR, PEA) | Spécialiste espagnol des systèmes de contrôle aérien et radars de défense |
| Hensoldt (HAG, PEA) | Leader allemand des capteurs OTAN/Eurofighter |
2) Des ETF pour combiner plusieurs entreprises du secteur :
| Lyxor MSCI Europe Defense (DEF, PEA) | Intègre les entreprises militaires européennes les plus importantes : 25 % Thales, 20 % Leonardo, 15 % Rheinmetall,... |
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| WisdomTree Europe Defence (WDTE, PEA) | rès orienté aviation avec Rolls-Royce, Safran et Airbus pour principales composantes |
Les drones : symbole de la nouvelle guerre industrielle
Dans l'économie de guerre actuelle, les drones sont devenus le symbole de cette nouvelle guerre industrielle. Qu’ils soient tactiques, civilo-militaires ou de surveillance frontalière, ils redéfinissent les théâtres d'opérations. Leur intégration massive dans les forces européennes redessine la doctrine militaire et offre des débouchés massifs aux acteurs capables de produire à l'échelle industrielle : pour exemple, plus de 2 millions d'unités ont été déployées depuis 2022 sur le front ukrainien par les deux camps. Et le niveau technologique requis explose : fonctionnement en essaims, décollage vertical, capteurs haute résolution, liaisons anti-brouillage et autonomie longue durée.
Comment investir ?
1) Un acteur majeur du programme de drones européens :
| Thales (HO, PEA) | Leader européen en systèmes électroniques OTAN et une spécialité en drones tactiques |
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2) Une entreprise française innovante :
| Parrot (PARRO, PEA) | Seul pur player français du drone civilo-militaire et l’une des rares ETI européennes du secteur à être cotée en bourse. Sa capitalisation est inférieure à 300 millions d’euros, la volatilité de son cours peut donc être grande |
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Les matières premières comme nerf de la guerre industrielle
Les métaux et la régulation européenne
L'acier et les métaux industriels restent l'ossature de toute industrie de défense et les réglementations européennes sont en plein bouleversement pour intégrer cette réalité. L'Union européenne a adopté en 2024 le Critical Raw Materials Act (CRMA) pour briser sa dépendance, notamment vis-à-vis de la Chine, avec des objectifs clairs pour 2030 :
- 10 % des matières critiques consommées doivent être extraites sur le sol européen.
- 40 % doivent y être transformées ou raffinées.
- Aucun pays tiers ne doit fournir plus de 65 % d'une ressource stratégique.
Pour l'investisseur, le CRMA est un signal fort : il garantit un cadre réglementaire favorable, des procédures accélérées et une sécurisation de la demande pour les entreprises du secteur minier et métallurgique opérant en zone UE.
Comment investir ?
| ArcelorMittal (MT, PEA) | Leader mondial acier stratégique (chars, navires), avec un bon PER (TTM) de 7,5 |
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| Aurubis (NDA, PEA) | Leader du recyclage du cuivre Europe et de la valorisation des déchets électroniques pour extraire terres rares. Son PER (TTM) de 5,5 le positionne comme une valeur sous-évaluée |
| Eramet (ERA, PEA) | Géant minier français positionné sur le nickel de Nouvelle-Calédonie et le lithium de l’Argentine. Produit aussi bien pour la défense que pour les usages civils en matière de batterie |
Terres rares : le talon d'Achille de l’Europe
Indispensables aux systèmes de guidage, aux drones et à l'électronique de pointe, les terres rares constituent la vulnérabilité majeure de l'Occident. La Chine contrôle en effet 90 % de la production et de la transformation, n'hésitant pas à user de dumping pour étouffer la concurrence. En réponse, les États-Unis et l'Europe tentent de rebâtir une filière souveraine, parfois via des interventions directes de l’État au capital de mines stratégiques. Cette approche interventionniste souligne l'urgence de la situation.
Comment investir ?
1) Des entreprises européennes intéressantes pour le secteur :
| Critical Metals Corp (CRML, PEA) | Projet Norra Kärr à un stade avancé |
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| Nordic Mining ASA (NOM, PEA) | Entreprises multi-minéraux avec des terres rares comme sous-produit |
2) Les ETF :
| WisdomTree Strategic Metals and Rare Earths Miners (WREE, non-PEA) | ETF 100% terres rares/métaux stratégiques |
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| VanEck Rare Earth and Strategic Metals (VVMX, non-PEA) | ETF 100% terres rares |
La chimie lourde : l'industrie de l'autosuffisance
Souvent oubliée, la chimie lourde est le pilier historique des conflits militaires (explosifs, propergols) et de la résilience civile (engrais pour la sécurité alimentaire, principes actifs pharmaceutiques). La domination chinoise (60 % de la chimie fine) représente un risque critique. L'Europe accélère donc les relocalisations d'usines, notamment d'ammoniac, pour reconquérir cette souveraineté.
Comment investir ?
1) Le mastodonte européen :
| BASF (BAS, PEA) | Leader mondial de la pétrochimie. Dividende de 5 % |
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2) Des entreprises au très beau potentiel boursier :
| Arkema (AKE, PEA) | Leader français en chimie de spécialités (adhésifs, coatings pour composites militaires). Dividende de 6,9 % |
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| Solvay (SOLB, PEA) | Expertise en peroxydes et fluor essentiels pour explosifs/pharma/défense. Dividende de 8,7 % |
Le virage ESG : vers un "pragmatisme énergétique"
Une tendance de fond majeure se dessine : le retour en grâce des secteurs autrefois exclus par les critères ESG (Environnement, Social, Gouvernance). BlackRock, leader mondial de la gestion d'actifs, prône désormais un « pragmatisme énergétique », soulignant que le développement des infrastructures et la sécurité des approvisionnements priment (temporairement) sur l’objectif de transition énergétique. En Europe, cette tendance se matérialise par le « paquet Omnibus Défense » de 2025 et l'apparition des « Defense bonds » qui contribuent à recatégoriser une partie des secteurs auparavant considérés comme tabou pour les investisseurs institutionnels, comme certaines activités militaires et certaines activités énergétiques. Concrètement, des milliers de milliards de dollars d'actifs sous gestion pourraient progressivement se réallouer vers les secteurs de la défense et des énergies fossiles, jadis considérés comme « non-investissables ».Le pilier énergétique est au cœur des enjeux militaires
Dans un contexte de tensions géopolitiques et de course à l'IA (extrêmement énergivore), la priorité des grandes puissances (USA, Chine) est l'abondance et l'autonomie énergétique. L'Europe, contrainte de limiter ses dépendances, suit désormais cette voie via un soutien réglementaire et financier accru à toutes les sources d'énergie pilotables.
Le pétrole reste au centre du jeu
Des décennies de discours anti-hydrocarbures n’ont rien pu changer à la prééminence du pétrole dans les zones de conflit, et les décideurs civils comme militaires le savent très bien. Aussi intéressantes que puissent être les alternatives de toutes sortes, connues ou émergentes, le pétrole reste crucial et les acteurs du secteur ont donc de beaux jours devant eux.
Comment investir dans le pétrole ?
1) Le mastodonte français des hydrocarbures :
| TotalEnergies (TTE, PEA) | Actif incontournable pour un investisseur français. Un PER (TTM) correct à 8,1 et un dividende à 4,5 % |
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2) Des pétrolières sous-évaluées :
| Eni SpA (ENI, PEA) | Major italienne du pétrole, très bien positionnée en Afrique et Méditerranée, et export LNG Europe. Très bon PER (TTM) de 6,4 et un dividende de 6,5% |
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| Repsol (REP, PEA) | Entreprise espagnole très implantée en Amérique Latine et en Norvège. PER (TTM) intéressant à 4,5 et un dividende de 6,5 % |
3) Les ETF :
| iShares STOXX Europe 600 Oil & Gas (EXH1, PEA) | Offre une exposition diversifiée aux majors européennes des hydrocarbures : Total, Shell, BP, Eni, OMV, Repsol. Distribue les dividendes qui sont intéressants dans ce secteur. |
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Le gaz naturel : l'indispensable transition
Le gaz naturel s'impose comme l'énergie de transition stratégique. La rupture avec le gaz russe et les risques pesant sur les routes maritimes asiatiques (Chine/USA) revalorisent le gaz naturel liquéfié (GNL) et les infrastructures gazières européennes (gazoducs, terminaux méthaniers) comme des actifs de souveraineté.
Comment investir dans le gaz naturel ?
1) Les entreprises :
| Equinor (EQNR, PEA) | Gazoduc Baltic Pipe et champs de la mer du Nord. Un dividence de 11 % en 2025. |
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2) Les ETF :
| WisdomTree European Natural Gas ETC | Suit le prix des contrats à terme sur le gaz naturel, donc peut être très volatil |
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La renaissance du nucléaire
Le nucléaire opère un retour spectaculaire. Il n'est plus perçu comme une menace, mais comme une solution décarbonée indispensable à l'indépendance. Aux USA, les géants de la Tech (Amazon, Google, Microsoft) investissent directement dans des réacteurs (petits réacteurs ou redémarrage de centrales) pour alimenter leurs data centers. En Europe, l’obsession du démantèlement laisse la place à une requalification de l’énergie nucléaire comme énergie de transition. Jadis en pointe technologiquement, l’Europe se doit d’investir massivement pour rattraper son retard sur les Etats-Unis, qui mise notamment sur les SMR (petits réacteurs), mais aussi sur la Chine, qui semble désormais maîtriser la filière alternative au thorium (une ressource bien plus disponible que l’uranium).
Comment investir ?
1) Les entreprises :
| Technip Energies (TE, PEA) | Entreprise experte dans l’ingénierie nucléaire et les usines d’enrichissement |
|---|---|
| Cameco (CCJ, non-PEA) | Leader mondial de l'extraction d'uranium |
2) Les ETF pour toute la filière nucléaire :
| VanEck Uranium and Nuclear Technologies (NUCG, non-PEA) | 25 sociétés du monde entier impliquées dans l'extraction de l'uranium et l'infrastructure de l'énergie nucléaire |
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3) Les ETF pour la filière uranium uniquement :
| Global X Uranium (URNU, non-PEA) | 46 positions principalement axées sur l'extraction et la production d'uranium |
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| Sprott Uranium Miners (URNM, non-PEA) | 39 sociétés engagées dans l'exploration, l'exploitation minière et/ou le raffinage de l'uranium |
Stockage et résilience : l'hydraulique et l'hydrogène
Pour compléter ce mix, deux filières se distinguent. L'hydraulique, process fiable, qui offre une énergie pilotable et qui, via le pompage-turbinage, constitue une "batterie" du réseau électrique européen pour compenser l’intermittence du solaire et du photovoltaïque.
Comment investir dans l'hydraulique ?
1) Des entreprises de qualité :
| Enel (ENEL, PEA) | Le géant italien de l’énergie a une exposition de 30 % à l’hydraulique, et a annoncé 10 milliards d’euros d'investissement dans le secteur pour 2025-2030, dont 2 GW de stockage par pompage (soit l’équivalent de deux centrales nucléaires françaises). Son dividende est d'environ 7,66%. |
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| Verbund (VER, PEA) | L’entreprise autrichienne est un pur player de l'hydraulique, avec une marge opérationnelle particulièrement élevée de 65 %. |
2) L’option Crowdfunding :
La plateforme Enerfip a lancé plusieurs projets hydroélectriques depuis 2019, proposant au moins du 5 % par an, avec plusieurs projets pour lesquels la totalité des intérêts a été versée et le capital entièrement remboursé.
La filière hydrogène
En plus d’offrir des solutions de substitutions industrielles pour les produits hydrocarbonés, l’hydrogène permet de stocker la production d’énergie intermittente.
Comment investir ?
1) Le roi européen du secteur est :
| Air Liquide (AI, PEA) | Leader européen du gaz industriel pour chimie/défense/pharma. Profite notamment du soutien de l’UE à « l’hydrogène vert ». |
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2) Un ETF pour investir dans les entreprises les plus prometteuses du secteur :
| Amundi Global Hydrogen (HYDR, non-PEA) | De très belles entreprises du secteur de l’hydrogène, hors Air Liquide |
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Sous l’influence de l’économie de guerre, la thématique du retour au pragmatique peut devenir un axe majeur pour allouer une partie de votre patrimoine boursier. Si vous souhaitez organiser une version généraliste de cette thématique, voici deux propositions de portefeuilles pour investir dans ce retour au réel :
| Un portefeuille moins volatil avec de belles valeurs PEA |
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| Un portefeuille avec un rendement/risque potentiellement plus élevé ainsi que des éléments non-PEA |
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