Les clés d'une succession réussie

Les clés d'une succession réussie

Si vous avez constitué un beau patrimoine et souhaitez pouvoir le transmettre à vos descendants, vous devez avant tout anticiper. Comment se préparer et quels dispositifs privilégier pour profiter de son patrimoine tout en organisant sa transmission ?

Rédigé par Jordan BELGRAVE

le 10 Mars 2025

Alors que le barème de base pour une succession classique non préparée peut très vite monter, il est possible de transmettre sans frais ou avec peu de frais pour autant que l’on profite des différents dispositifs prévus par la loi française. 

La France est-elle championne du monde des successions ? 

Le barème de base pour l’imposition des successions est le suivant (au-delà de l’abattement de 100.000 € par enfant) :

Montant à transmettre Imposition
Jusqu’à 8.072 € 5 %
De 8.073 € à 12.109 € 10 %
De 12.110 € à 15.932 € 15 %
De 15.933 € à 552.324 € 20 %
De 552.325 € à 902.838 € 30 %
De 902.839 € à 1.805.677 € 40 %
Plus de 1.805.677 € 45 %

Pour comparer avec nos voisins européens :

  • Au Royaume-Uni, donations et successions sont soumises à un taux forfaitaire de 40 %, après abattement de 325.000 livres.
  • En Italie, cet abattement va jusqu’à 1 million d’euros par personne pour le conjoint et les enfants ; au-delà, les conjoints et les enfants sont taxés à hauteur de 4 %.
  • En Allemagne, le taux d'imposition courant s'élève à 30 % avec un abattement de 400.000 € par enfant.
  • Le Portugal, la Suède, l'Autriche ou Andorre n’ont tout simplement pas d’impôt sur les successions.

Tirer profit de l’assurance vie

Une des nombreuses raisons du succès de l'assurance vie en France tient aux avantages successoraux qu’elle offre. Lors d’une succession, la taxation de l’assurance vie dépend principalement de l’âge de l’assuré au moment des versements et du montant transmis, un âge pivot de 70 ans ayant été fixé par le législateur pour limiter son utilisation comme outil d’optimisation fiscale. Voici les abattements et montants de taxation avant et après 70 ans :

Taxation sur les versements effectués avant 70 ans
Jusqu'à 152.500 € par bénéficiaire Exonération
Entre 152.500 € et 852.500 € 20 %
Au-delà de 852.500 € 31,25 %
Pour les versements effectués après 70 ans
Abattement de 30.500 € partagé entre tous les bénéficiaires (hors conjoint) sur l’ensemble des contrats
Au-delà, application du barème des droits de succession selon le degré de parenté avec les bénéficiaires

Il est donc particulièrement intéressant de faire des versements sur votre assurance vie avant 70 ans, mais également de multiplier les bénéficiaires − enfants, petits-enfants, neveux, nièces… Pour un contrat d’assurance vie avec 6 bénéficiaires, l’exonération totale peut ainsi s’élever jusqu’à 915.000 €.

Même au-delà de l’abattement offert, les taux d’imposition pratiqués pour l’assurance vie restent inférieurs aux droits de succession classiques, qui peuvent atteindre 45 % entre parents et enfants et 60 % entre personnes non parentes.

Même après 70 ans, l'assurance vie conserve plusieurs avantages : les intérêts et plus-values générés par les primes restent exonérés de droits de succession ; l’abattement de 30.500 € s'ajoute aux autres abattements prévus par les droits de succession classiques et ne concerne pas la part du conjoint qui reste exonérée de droits de succession.

Avantage annexe, une assurance vie est considérée hors succession, ce qui est idéal si vous souhaitez sortir des règles du partage successoral. Les sommes versées ne sont donc pas prises en compte dans le calcul de la réserve héréditaire et permettent d’avantager tel ou tel héritier.

Les donations, un outil majeur pour optimiser sa succession

Chacun des parents a la possibilité de donner jusqu'à 100.000 € à chacun de ses enfants tous les 15 ans sans la moindre taxation. Cette approche peut également bénéficier aux autres membres de votre famille, sur ce même cycle de 15 ans :

Enfants Jusqu'à 100.000 €
Petits-enfants Jusqu'à 31.865 €
Arrière-petits-enfants Jusqu'à 5.310 €
Frères et sœurs Jusqu'à 15.932 €
Nièces et neveux Jusqu'à 7.967 €
Conjoints et partenaires civils Jusqu'à 80.724 €
Personnes handicapées Abattement spécial de 159.325 € cumulable avec tous les autres abattements, et ce quel que soit le lien de parenté.

Bien organisées, les donations rendent possible des transferts de patrimoine très importants : un couple de 60 ans réalisant une donation à chacun de ses deux enfants, puis une autre quinze ans plus tard, peut ainsi transférer 800.000 € de patrimoine net, puisque chaque parent peut donner 100.000 € à chacun des enfants. Ils peuvent procéder de façon identique pour leurs petits-enfants, pour un montant global de 254.920 €. Au total, les deux générations auront ainsi reçu 1.054.920 € sans avoir à régler un centime d’impôt de droits de succession.

On peut aller encore plus loin en recourant aux dons familiaux en espèces, appelés dons Sarkozy, qui permettent de transmettre 31.865 € supplémentaires tous les quinze ans à chacun de ses descendants ou, à défaut de descendance, à ses neveux et nièces. Seule restriction : le donateur doit avoir moins de 80 ans et le bénéficiaire doit être majeur.

Nouveauté intéressante du budget 2025, une mesure supplémentaire supprimant les frais de donation pour une donation de 100.000 € avec un projet immobilier comme objectif. Cette nouvelle exonération peut bénéficier aux enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants, et, en l’absence de descendance directe, aux neveux et nièces. La limite par bénéficiaire est fixée à 300.000 €. Pour être conforme, la donation doit être utilisée selon les conditions suivantes :

  • pour l’achat d’un logement neuf ou en Vefa ou la construction d’une résidence principale, et/ou pour des travaux de rénovation énergétique validés par MaPrimeRénov ;
  • l’achat doit avoir lieu dans les six mois suivant la donation, et le bien doit être utilisé au moins 5 ans comme résidence principale.

Démembrer pour mieux donner : la donation avec réserve d'usufruit

Également appelé donation en nue-propriété, ce transfert permet de garder l'usufruit tout en cédant la nue-propriété. Vous pouvez ainsi conserver l'usage et les revenus du bien donné tout en transmettant la nue-propriété. De plus, les taxes dues par le bénéficiaire sont fortement réduites, puisque seule la valeur de la nue-propriété rentre dans le calcul du barème pour les droits de donation.
Par contre, il est essentiel de connaître la manière de déterminer la valeur de cette nue-propriété, puisque celle-ci est calculée selon un barème précis qui dépend de l'âge du donateur au moment de la donation :

Le donateur est âgé de : La valeur du bien est composée de :
Moins de 21 ans 90 % d’usufruit et 10 % de nue-propriété
Entre 21 et 30 ans 80 % d’usufruit et 20 % de nue-propriété
Entre 31 et 40 ans 70 % d’usufruit et 30 % de nue-propriété
Entre 41 et 50 ans 60 % d’usufruit et 40 % de nue-propriété
Entre 51 et 60 ans 50 % d’usufruit et 50 % de nue-propriété
Entre 61 et 70 ans 40 % d’usufruit et 60 % de nue-propriété
Entre 71 et 80 ans 30 % d’usufruit et 70 % de nue-propriété
Entre 81 et 90 ans 20 % d’usufruit et 80 % de nue-propriété
Plus de 91 ans 10 % d’usufruit et 90 % de nue-propriété


Ainsi, si vous êtes âgé de 58 ans et réalisez une donation en nue-propriété d'un bien immobilier d'une valeur de 600.000 €, la valeur estimée du bien sera diminuée de 50 %. Lors de la donation, les droits ne seront donc calculés que sur 300.000 €.

Lors de la succession, l’imposition sera calculée sur la valeur restante de 300.000 €, la valeur de la nue-propriété restant identique à celle estimée le jour de la donation. Vos héritiers bénéficieront ainsi d’un actif dont le prix aura été fixé des années avant la succession effective. Entretemps, vous aurez pu conserver la maison pour y habiter ou bien pour la louer et en retirer des loyers.

Peut-on démembrer des portefeuilles d’actions ?

Oui, les compte-titres et les comptes assurances-vie peuvent faire l’objet d’un démembrement pour léguer de manière anticipée en bénéficiant de réels avantages fiscaux. De la même manière que pour un bien immobilier, il est possible de donner la nue-propriété ou l’usufruit.

La démarche la plus courante consiste à attribuer la nue-propriété aux enfants tout en conservant l'usufruit. Aussi intéressante que soit cette option, il faut l’encadrer. Une convention de démembrement permet de réguler les différentes situations et potentiels conflits d’intérêt.

Comment éviter le redressement fiscal après un démembrement ?

Une condition essentielle porte sur l’utilisation réelle par l’usufruitier du bien démembré. Pour un bien immobilier par exemple, il doit l’occuper ou disposer réellement des revenus locatifs. Il est d’ailleurs suggéré d’intégrer une clause dans l’acte de donation pour stipuler que l’usufruitier a le droit de revendre l’actif sans l’assentiment du nu-propriétaire, pour peu qu’il rachète un autre actif pour reporter le dispositif de démembrement.

Dans le même esprit, pour un portefeuille de valeurs mobilières, il est conseillé de permettre à l’usufruitier de pouvoir librement acheter et revendre les titres sans l’accord du nu-propriétaire.

Comment transmettre son entreprise ?

Pour transmettre son ou ses entreprises de la meilleure manière, le pacte Dutreil est évidemment l’outil le plus intéressant. Créé pour sauvegarder la continuité des entreprises familiales, il offre une exonération de 75 % de la valeur des titres transmis, mais à la condition de remplir certaines conditions de conservation et de gestion. Quelles sont ces conditions ?

  • L’entreprise doit exercer une activité « opérationnelle » ; en sont donc exclues la plupart des activités de location immobilière, sauf si elles représentent une part mineure de l’activité de la société ; l’activité « opérationnelle » doit rester « prépondérante ».
  • Deuxièmement, les signataires du pacte Dutreil sont tenus de respecter un engagement collectif de conservation d’au moins 17 % des droits financiers et 34 % des droits de vote. Cette condition est considérée remplie si celui qui transmet a rempli ces exigences de direction opérationnelle et de détention des titres depuis au moins deux ans. C’est évidemment une manière pour l’administration d’éviter les optimisations fiscales abusives par le biais d’acquisitions d’entreprises.
  • Troisièmement, l’un des bénéficiaires doit diriger l’entreprise pendant au moins trois ans à compter de la transmission à titre gratuit.
  • Enfin, chaque bénéficiaire est tenu de prendre un engagement minimal de conservation des titres de 4 ans.

Les propositions de la Cour des Comptes

Profitez dès que possible du Pacte Dutreil mais aussi de la transmission par assurance vie, car la Cour des Comptes souhaite réduire les avantages de ces deux dispositifs, qu’elle estime excessivement avantageuse pour « les patrimoines importants ». En contrepartie, la Cour des Comptes propose que cette hausse des taxes aille financer un allègement des taux d'imposition sur les héritiers en ligne indirecte − neveux, nièces, beaux-enfants − afin de « mieux prendre en compte les évolutions familiales et sociétales » et l'essor des familles recomposées.

L’appel de la forêt

Un investissement qui reste très incitatif depuis l’amendement Monichon de 1959, et que personne ne semble vouloir « raboter », est celui dans les groupements fonciers forestiers. Vous pouvez en effet bénéficier d’une réduction de 75 % des droits fiscaux lors d’une succession ou d’une donation, sans plafonnement, pour autant que ces parts soient en votre possession depuis au moins deux ans. Les conditions sont par ailleurs très faibles : n’importe quel membre de votre famille peut bénéficier de la transmission et celui-ci n’a pas à s’engager sur la conservation de l’actif.

S’exiler pour mieux transmettre ?

Comme nous l’avons vu plus haut, un certain nombre de pays en Europe et hors d’Europe n’ont aucune imposition sur les successions. Et, de manière plus globale, il est difficile de trouver un système d’imposition moins avantageux que la France pour les successions (c’est moins le cas désormais pour les donations).

Il peut donc être tentant d’imaginer quitter la France pour réduire les taxes sur la succession, mais cette stratégie est très difficile à mettre en place, car l’administration fiscale vérifie de très près ces situations en multipliant les critères : où réside la famille de la personne expatriée ? Où est le lieu d’exercice de sa principale activité professionnelle ou le centre de ses intérêts économiques ? Où est son lieu de séjour principal, déterminé par les fameux 183 jours ? Autant de critères difficiles à manier et à remplir, et dont un seul peut permettre à l’administration fiscale de vous maintenir dans son giron.

De plus, même si vous parveniez à être considéré comme un non-résident fiscal, « l’exit tax » vous attend au tournant. Celle-ci permet en effet de taxer certains actifs par une cession fictive au moment du départ. Il est à noter que l’exit tax n’est pas une spécialité française mais a été calquée sur des dispositifs existant déjà dans des pays plus « libéraux » comme les États-Unis, le Canada ou l’Australie.

Pour toutes ces raisons, s’exiler pour optimiser sa succession peut sembler une épreuve inutilement compliquée, mais la fiscalité de la succession reste un critère très important à prendre en compte pour déterminer votre destination si vous souhaitez quitter la France pour (bien) d’autres raisons.