Investir dans le Bitcoin ou l'Ether avec BoursoBank
Depuis le 25 mars 2025, BoursoBank propose aux détenteurs d’un compte-titres ordinaire (CTO) l’accès à une gamme d’ETN (Exchange Traded Note) cryptoactifs. L’idée est d’embrasser le mouvement lié à la diversification de l’investissement sur les cryptomonnaies, en l’occurrence les cinq qui représentent les plus grandes capitalisations dans leur catégorie selon CoinMarketCap (Bitcoin, Ether, Solana, Ripple, Cardano).
La banque en ligne élargit sa classe d’actifs comprenant déjà 100 000 produits ouverts à la négociation : actions françaises, européennes et américaines, produits de bourse, ETF (Exchange-Traded Fund), private equity, OPCVM (organismes de placement collectif en valeurs mobilières), crowdfunding immobilier, produits structurés et FIP (fonds d’investissement de proximité)/SCPI (société civile de placement immobilier).
D’après une étude du cabinet ETFGI, le marché mondial des ETF et ETN en cryptoactifs s’élevait à 92 milliards de dollars d’assets under management en juillet 2024. L’an dernier, la SEC (équivalent aux États-Unis de l’Autorité des Marchés Financiers en France) a donné son autorisation pour les ETF bitcoin spot. Le gérant mondial d’actifs, Blackrock, a saisi l’occasion avec succès, puisque son fonds, nommé iShares Bitcoin ETP, générait un encours de plus de 52 milliards de dollars, pour 38 milliards de collecte nette cumulée. BlackRock a décidé de répliquer son produit en Europe, le jour même de l’annonce de BoursoBank.
ETF ou ETP, quelle différence ?
De ce côté de l’Atlantique, un ETF ne peut pas légalement détenir un seul type d’actifs, mais uniquement un panier de plusieurs actifs. En Europe, ce type de fonds est donc baptisé ETP (Exchange Traded Product) ou ETN. Les habitués des ETF (fonds répliquant l’évolution d’un indice boursier à la hausse ou à la baisse) n’ont pas à s’inquiéter, car le principe est semblable : la société de gestion possède les cryptomonnaies, mais les confie à un tiers, avec souvent une possibilité d’échanger les titres directement contre l’équivalent en cryptomonnaie.
Depuis son CTO ouvert chez BoursoBank, l’épargnant peut investir sur 5 ETP du gestionnaire d’actifs CoinShares (un par cryptomonnaie) et le fameux ETP, « iShares Bitcoin ETP » de BlackRock. Leur cotation se fait sur des bourses traditionnelles. Ils bénéficient d’une réplication physique, garantissant une détention réelle des actifs sous-jacents. Il n’est plus utile d’ouvrir un compte sur une plateforme crypto (Binance, Coinbase, etc.) ni de gérer un wallet ou une clé privée. La commercialisation est par ailleurs soumise aux exigences réglementaires de l’AMF et des marchés financiers (Euronext Paris, garantie des titres, etc.) avec accès à toute la documentation pour comprendre les risques et le fonctionnement des véhicules d’investissement.
Benoît Grisoni, directeur général de la banque en ligne explique : « BoursoBank enrichit sa gamme d’une sélection d’ETN cryptoactifs afin de répondre aux attentes de ses clients, notamment les plus jeunes d’entre eux, qui veulent en toute sécurité diversifier leur portefeuille ». Le dirigeant de CoinShares, Jean-Marie Mognetti, voit l’arrivée de BoursoBank sur ce marché comme « un véritable tournant pour l’adoption des actifs numériques en France ».
Intérêt pour les ETF et la crypto : BoursoBank s’adapte à la demande
Une étude de l’Adan (association pour le développement des actifs numériques) et de KPMG chiffre à 12 % la part des Français détenant des cryptomonnaies. Le rapport montre que 57 % des Français ayant déjà détenu des cryptoactifs étaient âgés de moins de 35 ans début 2024 (+7 points sur un an). Un segment de clientèle phare chez BoursoBank depuis plusieurs années.
Interviewé par La Revue Banque en janvier 2025, Benoît Grisoni dévoilait que « les 18-30 ans représentaient à peu près 60 % de notre acquisition depuis 2022. L’âge moyen de notre clientèle a sensiblement baissé : on est passé de 42 ans, il y a sept ans, à 35 ans aujourd’hui ». Enfin, les détenteurs de cryptomonnaies sont deux fois plus clients des banques en ligne que la population globale. L’étude conclut même que le canal d’acquisition bancaire répondrait à une demande du marché, car 23 % des investisseurs souhaiteraient passer par leur banque pour l’achat et la conservation de leurs cryptoactifs.
Fort de ses 7,2 millions de clients fin 2024, BoursoBank vise la barre des 8 millions fin 2025. L’accès aux cryptoactifs est un chemin stratégique pour y parvenir, d’autant que la banque en ligne est désormais une banque de détails qui pèse sur le marché. Son rythme de conquête client fait pâlir tous les établissements : 1,52 million de nouveaux clients en 2024 (quasiment un quart des nouveaux comptes ouverts en France). La banque numérique est même devenue rentable depuis deux ans et contribue de façon nette au résultat de sa maison mère SG (anciennement Société Générale).
BoursoBank : banque de détail digitale et rentable
L’hypercroissance est entretenue par une large gamme de produits et une politique tarifaire agressive. BoursoBank se félicite d’être régulièrement mentionnée comme la banque la moins chère (derrière Fortuneo en ce qui concerne le palmarès de la rédaction PriceBank) arguant qu’en 2024 « les clients de BoursoBank ont déboursé en moyenne moins de 10 € en frais bancaires et plus de la moitié d’entre eux n’ont payé aucuns frais. » BoursoBank mise aussi sur des primes de bienvenue pour attirer de nouveaux clients ce qui freine sa rentabilité. A contrario, la banque en ligne a tiré profit de l’arrêt de concurrents (Orange Bank, ING, Ma French Bank) et de la baisse de son coût d’acquisition de 17 % l’an dernier.
Interrogé par Les Échos, Jean-Werner de T’Serclaes, du cabinet FTI Consulting rappelle qu’un « client de banque digitale à l’heure actuelle rapporte trois fois moins qu’un client d’une banque traditionnelle » bien que la base de coût ne soit pas identique. Le produit net bancaire par client ne serait que de 100 euros pour une banque en ligne ce qui pousse les établissements à équiper leurs clients en leur proposant une gamme de produits et de solutions de plus en plus riche. D’où le lancement des ETP de cryptoactifs par BoursoBank.
SG - BoursoBank : en quête de complémentarité
Toutefois, la massification des clients pose d’autres soucis pour une banque digitale, à commencer par la solidité des systèmes informatiques pour gérer les flux d’épargne et de paiement. BoursoBank peut compter sur SG, même si la filiale pourrait cannibaliser sa maison mère, dont le nombre de clients plafonne à 9 millions depuis 2022.
Toute la stratégie consiste à bien articuler les réseaux pour créer des complémentarités : un réseau physique au sein duquel des conseillers offrent une personnalisation plus poussée de l’accompagnement et une banque entièrement digitale moins onéreuse grâce à l’autonomie et la standardisation des produits commercialisés.
Les investisseurs vont-ils se laisser tenter par les cryptoactifs ? Réponse dans quelques mois. Mais la tendance semble positive. BoursoBank a noté une croissance du nombre d’ordres en bourse en 2024 et une progression de plus 50 % des ouvertures de comptes titres. Une dynamique soutenue par l’arrivée de jeunes investisseurs et le regain d’intérêt à travers les ETF ou encore la gratuité du courtage.