PEAC, symbole d’une orientation vers les investissements verts
Le Plan d’épargne avenir climat est lancé en juillet 2024. Après un semestre, aucune banque ne proposait le produit bancaire. Pourtant, le PEAC propose plusieurs atouts attractifs comme l’exonération des gains de l’impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux. Surtout, il permet d’investir en se souciant des enjeux écologiques. Avant de revenir sur les raisons du flop de la première année du PEAC, il importe d’en comprendre le fonctionnement.
L’origine du PEAC est une initiative de l’État français désireux d’en faire un outil destiné à financer la réindustrialisation du pays par la promotion de projets de décarbonation (éolien, photovoltaïque, pompes à chaleur, batteries, hydrogène décarboné). Ce produit d’épargne de moyen à long terme vise à financer la transition écologique à travers des fonds labellisés ISR (investissement socialement responsable), Finansol ou Greenfin, garantissant ainsi un impact environnemental positif.
Le fonctionnement du PEAC est simple : le souscripteur doit être âgé de moins de 21 ans. Il peut être ouvert par les parents par exemple pour un mineur, auprès d’une banque sous la forme d’un compte-titres associé à un compte espèces, ou auprès d’une compagnie d’assurance sous la forme d’un contrat de capitalisation. Le plafond est fixé à 22.950 euros. Les versements sont libres mais l’épargne est bloquée durant cinq ans.
La vie du PEAC court jusqu’à l’âge de 30 ans du détenteur avant d’être automatiquement fermé. Une date d’échéance peut très bien être fixée avant cette date anniversaire tout en étant modifiable à tout moment. L’épargnant doit résider en France et ne posséder qu’un seul PEAC. Le transfert de l’épargne possédée sur un PEAC est possible d’un établissement financier à un autre avec des frais limités à 1 % des droits acquis. Ces frais sont nuls si le PEAC a plus de 5 ans et que le détenteur est majeur. Évidemment, le nouveau plan devra respecter le profil d’investissement du plan d’origine.
Pourquoi ce désintérêt du PEAC des banques et des épargnants ?
Les motifs sont pluriels :
- une promotion trop discrète de la part du gouvernement qui n’a pas créé d’envie pour le produit ni apporté tous les atouts du PEAC auprès des épargnants français ;
- la concurrence :
- des autres solutions d’épargne et d’investissement beaucoup plus connues auprès du grand public (assurance vie, Livret A, Livret de développement durable et solidaire) ;
- des autres produits de finance verte mis en avant depuis plusieurs années par certaines banques comme le Compte sur Livret Vert à la Caisse d’Épargne ou le Livret CODEVair à la Banque Populaire.
- le capital non garanti de l’investissement alors que les épargnants sont de nature prudente au moment de sélectionner leur placement, d’autant que ce le PEAC est dédié aux moins de 21 ans et aux parents pour leurs enfants ;
- la non-liquidité du plan, l’argent étant bloqué pendant les cinq années qui suivent son ouverture (sauf raisons exceptionnelles comme un décès ou une invalidité) ;
- des rendements pas toujours concurrentiels au moment où le taux du Livret A remontait (même si ce dernier recule ce qui pourrait profiter justement au PEAC)
Lors des arbitrages, les placements sécurisés et fiscalement avantageux l’emportent, d’autant que, coté banques, le plan d’épargne avenir climat est considéré comme complexe à mettre en œuvre. Les professionnels rappellent « la réglementation très étroite de la gestion des risques et de la sélection des investissements à proposer ».
La BPCE lance son PEAC en avril 2025
En avril dernier, le groupe BPCE est le premier à proposer à ses clients le PEAC. Hélène Madar, directrice générale Banque de proximité et Assurance Banque Populaire - Caisse d’Épargne précise : « Nous avons voulu être les premiers bancassureurs à proposer le Plan d’Épargne Avenir Climat qui s’inscrit dans la continuité de l’engagement fort des Banques Populaires et des Caisses d’Épargne en faveur de la transition climatique. Nous sommes fiers d’aider ainsi les jeunes à mieux préparer leur avenir grâce à la gestion pilotée permettant une sécurisation progressive du capital constitué. »
Dans le communiqué, la directrice générale de BPCE Assurances, Corinne Cipière, ajoute : « Nous avons combiné les expertises de BPCE Assurances en termes de solutions d’épargne et de Natixis Investment Managers en matière de fonds à impact environnemental positif pour concevoir cette solution qui permet aux jeunes de se constituer une épargne responsable et de contribuer à bâtir un avenir plus durable. ». Le contrat est géré par l’assureur avec le mode de gestion par défaut de sécurisation progressive du capital. Plus la date de sortie approche (date prévisionnelle de liquidation du contrat), plus les fonds investis sont placés sur la poche sécurisée.
Pour le PEAC de la Banque Populaire, la répartition de l’épargne suit une grille d’allocation, entre le support en unités de compte « Ecofi Agir Pour le Climat », actif risqué (Indicateur synthétique de risque de 4 sur 7), et le Fonds en euros de BPCE Vie, qui apporte une protection maîtrisée des sommes investies. La banque propose deux formules d’investissements : « Prudente » ou « Equilibrée » avec une répartition sur un actif risqué et un actif à faible risque. Le profil du support en unités de compte est le suivant :
- Indicateur synthétique de risque est de 4 sur 7 ;
- Actions (De 60 % minimum) ;
- Obligations (35 % maximum), dont obligations vertes (75 % minimum) ;
- Titres solidaires (5 à 10 %).
Sur le papier, le PEAC réunit des atouts évidents : exonération fiscale sur les gains, orientation climat, placement long terme pour les plus jeunes… Méfiance toutefois sur le rendement espéré, le fonds en euros de BPCE Vie n’ayant par exemple rapporté que 2,5 % net en 2024. L’offre des unités de comptes vertes est restreinte, empêchant d’investir sur des ETF plus diversifiés. Attention enfin aux frais d’entrée ou de retrait qui rognent la performance.
L’initiative reste salutaire pour les épargnants soucieux des enjeux écologiques. Toutefois, l'attractivité pour ce produit reste loin des ambitions affichées lors de sa création.