Stablecoins en 2025 : un marché en pleine expansion au coeur des attentions politiques

Stablecoins en 2025 : un marché en pleine expansion au coeur des attentions politiques

Les stablecoins sont une catégorie de cryptoactif reproduisant la variation d'autres actifs financiers (dollar, euro, or) moins volatiles que les monnaies virtuelles. Ces jetons indexés exploitent les avantages de la technologie blockchain (numérique, rapidité de transaction, sécurité, décentralisation), mais deviennent source de tension géopolitique.

Rédigé par Olivier BALBASTRE

le 23 Janvier 2026

Les chiffres du marché des stablecoins

En 2025, la capitalisation totale des stablecoins a dépassé la barre des 300 milliards de dollars, soit une progression de près de 50 % en un an. Ils occupent une place de plus en plus importante dans l’univers des monnaies virtuelles puisqu’ils représentent désormais 30 % de l’ensemble du volume des transactions de cryptomonnaies. Autre chiffre parlant : le volume annuel record a atteint plus de 4 000 milliards de dollars en août 2025, ce qui correspond à une augmentation de 83 % par rapport à la même période en 2024.

En ce qui concerne le ratio de capitalisation, les stablecoins pèsent plus de 11 % de la capitalisation totale du marché des cryptoactifs à la fin de l’année dernière. Entre 2019 et 2025, la taille de ce marché a d’ailleurs été multipliée par plus de 100. Selon le groupe bancaire Citi, le marché pourrait atteindre 1 900 milliards de dollars d’ici 2030. 

Les acteurs et les usages des jetons indexés

Le marché des stablecoins est dominé par Tether (USDT) qui dispose d’environ 60 % de part de marché pour une capitalisation de 186 milliards de dollars fin 2025. L’autre acteur principal est Circle (USDC) qui affiche une croissance très rapide (75 % en un an). Sa capitalisation avoisine les 77 milliards de dollars, profitant notamment de sa conformité réglementaire, avec par exemple l’obtention d’une licence en France.

Pour rappel, les jetons indexés servent de colonne vertébrale pour la liquidité du marché crypto, facilitant les échanges entre plateformes sans avoir à repasser par le système bancaire traditionnel. Au passage, cela permet de différer l’imposition (mais pas leur déclaration auprès du fisc). Récemment, leur usage s’est diversifié au-delà du simple trading : préservation de valeur, stabilisateur des smart contracts, envois de fonds à l’international à bas coût et plus rapide. 

Des motivations différentes, mais un dynamisme géographique généralisé

L’adoption des stablecoins bénéficie de l’essor des transactions de détail (+125 % entre 2024 et 2025). Les États-Unis constituent le plus grand marché mondial avec un volume dépassant 1 000 milliards de dollars (en hausse de 50 % sur un an). Le secteur est soutenu par l’arrivée des ETF Bitcoin et l’instauration d’un environnement politique favorable sous l’administration Trump, via la loi GENIUS.

L’Asie du Sud est toutefois la région à la croissance la plus rapide avec une augmentation de 80 %. Dans les économies en développement, ils servent d’alternative aux systèmes financiers traditionnels pour les paiements, les envois de fonds et la préservation de la valeur face à l’inflation ou à la volatilité monétaire locale. En Afrique du Nord ou au Bangladesh, l’adoption persiste via des canaux clandestins (P2P) malgré les interdictions formelles, prouvant que la demande pour des outils financiers alternatifs l’emporte souvent sur les restrictions.

Conflit avec le secteur bancaire traditionnel aux États-Unis

L’essor des stablecoins provoque des tensions avec les acteurs de la finance traditionnelle. L’American Bankers Association (ABA) et des dirigeants comme Brian Moynihan (Bank of America) s’inquiètent : « Si vous permettez à ces stablecoins de payer des intérêts, vous allez voir 6 000 milliards de dollars de dépôts quitter ce système [bancaire] et aller vers ce système ».

En effet, les plateformes crypto utilisent des failles législatives pour offrir des remises et des récompenses à leurs détenteurs, siphonnant ainsi l’épargne traditionnelle vers la finance décentralisée (DeFi) où les rendements sont souvent supérieurs. Les institutions bancaires font donc pression pour interdire ces incitations financières, arguant qu’une fuite massive des dépôts réduirait leur capacité à prêter aux agriculteurs, étudiants et entreprises locales.

La réplique des acteurs des crypto se fait également entendre. Pour Brian Armstrong (CEO de Coinbase), rouvrir la loi GENIUS est considéré comme une « ligne rouge ». Pour rappel, le Genius Act, adopté au cours de l’été 2025, est décrit comme la première loi globale régissant les jetons indexés aux États-Unis. Outre l’interdiction de versement d’intérêts aux émetteurs, le texte leur impose de détenir des réserves liquides (cash ou bons du Trésor américain). Ils sont soumis à des audits réguliers pour garantir la stabilité du système.

Paradoxalement, les stablecoins sont aussi adoptés par les infrastructures de paiement traditionnelles à l’instar des grands réseaux Visa, Mastercard, PayPal et même Stripe qui intègrent désormais ces jetons pour les flux de règlement et les transferts internationaux. Même pari pour SWIFT et SG-Forge, filiale de SG, qui ont testé avec succès le règlement d’obligations tokenisées via le stablecoin EUR CoinVertible (EURCV), démontrant au passage l’interopérabilité entre la blockchain et les standards interbancaires comme l’ISO 20022.

Pour les États-Unis, l’objectif géopolitique consiste à conforter le rôle hégémonique du dollar face à la concurrence internationale, alors que 99 % des stablecoins sont déjà adossés au billet vert. Parallèlement, le Clarity Act en cours de discussions cherche à fixer un cadre réglementaire complet pour l’ensemble des actifs numériques, définissant clairement les compétences des différentes agences de régulation. En 2026, l’offensive législative américaine s’inscrit dans une compétition mondiale pour attirer les acteurs de la finance numérique.

Avec MiCA, l’Europe vise à limiter l’hégémonie du dollar américain

De son côté, l’Union européenne applique depuis 2025 le règlement Markets in Crypto-Assets (MiCA). Le cadre législatif distingue les EMT (E-Money Tokens), adossés à une seule monnaie fiduciaire (comme l’euro ou le dollar), des ART (Asset-Referenced Tokens) liés à un panier d’actifs ou de matières premières comme l’or. Les EMT doivent être couverts à 100 % par des réserves dans la monnaie de référence et garantis par des établissements de monnaie électronique agréés. Les ART sont soumis à des contraintes encore plus strictes, notamment des exigences de fonds propres plus élevées et une mise en place de garde indépendante des réserves.

MiCA est considéré plus sélectif, rendant certains stablecoins comme l’USDT non conformes sur le sol européen, ce qui laisse le champ libre aux initiatives bancaires locales (comme l’EURCV de la Société Générale). De plus, les émetteurs doivent être agréés auprès d’une autorité nationale et garantir un droit de rachat à tout moment à la valeur nominale pour les détenteurs. Il en ressort un marché plus mature, mais plus sélectif entre acteurs conformes (Circle (USDC) ou EUR CoinVertible (EURCV)), des acteurs en difficulté (PayPal USD (PYUSD) ou Tether (USDT)) toujours non conforme à MiCA fin 2025, causant des restrictions d’utilisation en Europe menées par les plateformes comme Binance ou Coinbase, et les exclusions définitives (stablecoin décentralisé DAI).

Outre son effet catalyseur de l’innovation, MiCA est une réponse politique pour renforcer le rôle international de l’euro face à l’hégémonie du dollar. Le Président français a d’ailleurs souligné l’importance de développer des stablecoins en euros sous ce cadre pour préparer l’arrivée de l’euro numérique en 2026.