Flux et situation du marché des ETF
L'année 2026 est marquée par des contrastes qui illustrent la réactivité des investisseurs face à l’actualité géopolitique mouvementée.
Les montagnes russes liées au contexte géopolitique
Les deux premiers mois de 2026 ont été exceptionnels avec une collecte sur les ETF cumulée de plus de 90 milliards d'euros. Au total, le premier trimestre 2026 affiche 105,8 milliards d'euros de nouveaux actifs nets, contre 87,1 milliards sur la même période en 2025. Pourtant, le mois de mars se distingue par un coup de frein brutal, avec seulement 10,5 milliards d'euros de collecte, soit le niveau le plus bas depuis septembre 2023.
Le ralentissement soudain est lié à l'incertitude majeure causée par le conflit au Moyen-Orient et ses conséquences sur le détroit d’Ormuz avec notamment une hausse des coûts de l’énergie et un risque de ralentissement économique global). Les investisseurs ont alors adopté une approche défensive (aversion au risque), privilégiant le monétaire et les obligations souveraines à très courte maturité. Mais, en avril, la tendance s'inverse spectaculairement pour les ETF, avec une collecte estimée entre 35,5 et 39 milliards d'euros. Porté par un relatif apaisement géopolitique, ce sursaut constitue la quatrième meilleure collecte mensuelle de l'histoire du marché européen.
Les acteurs du marché ETF
Parmi les émetteurs, BlackRock (iShares) conserve sa place de leader malgré une décollecte inhabituelle de 580 millions d'euros en mars, avant de retrouver une forte dynamique en avril. Au premier trimestre 2026, la plus grande société de gestion d’actifs au monde a collecté plus de 33 milliards d'euros. En Europe, le géant de la finance affiche une part de marché s'élevant à près de 40 %.
Solidement ancré à la deuxième place européenne avec environ 12,4 % de parts de marché, Amundi (incluant Lyxor) a confirmé sa position avec 16,2 milliards d'euros de collecte sur le premier trimestre 2026. Les deux autres acteurs majeurs sont UBS et Vanguard qui ont particulièrement bien tiré leur épingle du jeu durant la période de stress de mars, profitant de l'appétit pour les produits à bas coûts.
Les classes d’actifs privilégiées
Les investisseurs particuliers priorisent la simplicité et la performance historique des grands indices. Les actions Monde (MSCI World et ACWI) restent des indices centraux dans les portefeuilles. L'indice MSCI ACWI (All Country World Index), qui inclut les marchés émergents, est particulièrement prisé pour sa diversification totale, captant à lui seul 11,1 milliards d'euros sur le seul mois d'avril 2026.
On relève par ailleurs un recentrage sur les "Mégatrends" et l'économie du futur (ETF thématiques sur le changement technologique, la transition démographique, le développement durable et le climat, l’urbanisation rapide, la raréfaction des ressources). Toutefois, après avoir délaissé les actions américaines en mars, les investisseurs y sont revenus, se concentrant sur les méga-capitalisations (S&P 500, Nasdaq) jugées plus résilientes. Les thématiques liées à la nouvelle géopolitique (énergies alternatives, IA et défense) ont également capté des flux importants.
Investissements programmés et démocratisation
Au-delà des chiffres mensuels, une transformation structurelle de l'épargne européenne émerge. Ainsi, l’explosion des investissements programmés profitent aux ETF. La stratégie DCA est un véritable moteur de croissance : de 15,1 millions de plans d'investissement mensuels en 2025, le marché devrait passer à 53,7 millions d'exécutions mensuelles d'ici 2030, pour un volume annuel estimé à 73 milliards d'euros. Les encours d'ETF sur les plateformes en ligne devraient presque tripler pour atteindre 1 000 milliards d'euros d'ici 2030, tendance facilitée par la baisse du ticket moyen (125,30 €) et donc de l'essor de l'investissement fractionné.
Autre évolution : la démocratisation des ETF et l'arrivée de nouveaux profils d’investisseurs. Ainsi, l'investissement en ETF n'est plus réservé aux experts, puisque 32,8 millions d'Européens détiennent des ETF en 2025 (10 % de la population adulte). La croissance est portée par les jeunes (49 % des 18-34 ans envisagent un plan ETF) et une féminisation croissante du marché (+60 % d'investisseuses depuis 2022). Ces solutions bénéficient d’une offre accrue des courtiers en ligne avec des frais de courtage inférieurs aux banques, de l’automatisation des placements qui facilite l’accès aux ETF et également d’une culture financière en nette progression.
Une complémentarité directe avec l'assurance-vie
L'un des principaux vecteurs de croissance pour les ETF est leur accessibilité au sein des enveloppes fiscales préférées des Français. Les investisseurs particuliers peuvent désormais accéder à la plupart des thématiques porteuses via des ETF UCITS éligibles à l'assurance vie ou au Plan d’Épargne en Actions (PEA), avec des frais de gestion souvent inférieurs à 0,5 % par an. Ainsi, le report de l'argent du Livret A (1,28 milliard d'euros de retraits en avril 2026 suite au taux ramené à 1,5% en février !) vers les contrats d’assurance-vie facilite naturellement l'exposition aux ETF.
Cet élément participe à l’accélération spectaculaire de l'adoption des ETF. Le nombre d'investisseurs français détenant des ETF a progressé de 91 % depuis 2022. En France, plus de 2,8 millions d’investisseurs particuliers détiennent des ETF (contre 1,8 million fin 2023). Le secteur assiste bien à un basculement d'usage. L'investissement indiciel n'est plus réservé aux experts, mais s'installe durablement dans les habitudes d'épargne des particuliers pour la constitution de leur patrimoine.