Vers la normalisation des cartes bancaires sans chiffres !
Votre CB a récemment été renouvelée ? Vous n’avez rien remarqué ? Bingo, sa surface est lisse. Un changement discret, mais significatif. Pourtant non décoratifs, les chiffres en relief ont disparu. Pendant des décennies, les commerçants s’en sont servis pour imprimer mécaniquement vos numéros de carte sur les facturettes via leur sabot. Aujourd’hui, les 16 chiffres sont simplement imprimés au recto. Un premier pas vers le paiement 100 % sans données.
Le secteur connaît une nouvelle étape : la suppression… des chiffres. Cette évolution s’appuie sur la technologie de tokenisation portée par les centrales de paiement. Lors d’un achat en ligne, vous n’avez plus besoin d’informer les données sensibles : le PAN (numéro de la carte composé de 16 chiffres), la date d’expiration (mois/année) et le CVV (code de vérification à 3 chiffres). Seul le nom du propriétaire suffit. Un mail ou un numéro de téléphone vous permet de valider l’opération selon le système de double authentification.
Comment fonctionne la tokénisation lors d’un paiement en ligne ?
Vous saisissez vos données sensibles sur un terminal ou une plateforme sécurisée. Une capture est effectuée. Vos informations sont soumises à un système de tokénisation proposé par un prestataire de services de paiement ou un fournisseur de tokenisation tiers. Lorsque le commerçant utilise un logiciel de paiement compatible, le token (ou jeton) est généré automatiquement.
La génération du token consiste à transformer vos données sensibles en une chaîne alphanumérique unique et aléatoire. Elle est obtenue avec des algorithmes, des méthodes de chiffrement et des sauvegardes sécurisées. Le token n’a pas de valeur en dehors du système émetteur. Résultat : impossible de l’utiliser pour remonter à vos données originales sans les clés de déchiffrement sécurisées.
Un environnement sécurisé et conforme, comme un coffre-fort PCI DSS (Payment Card Industry Data Security Standard), stocke vos informations. Le token est renvoyé au marchand ou au terminal de paiement. Il est utilisé pour représenter la carte du client dans leurs systèmes. Il remplace ensuite votre numéro de carte dans les paiements récurrents, les abonnements, ou les remboursements.
Quels sont les avantages d’un token pour payer en ligne ?
La tokénisation apporte une meilleure sécurité. Même si un hacker accède au jeton, il est dans l’impossibilité d’en faire usage pour effectuer des paiements en dehors du système. Les transactions n’exposent pas les données. Les risques de fuites sont donc réduits. Un pas en avant pour Sevrine Dagousset, directrice des produits digitaux chez Visa France Belgique, Luxembourg, qui évalue la baisse de « la fraude jusqu’à 60 % ».
Pour les entreprises, les risques de conformité sont moindres. Comme les tokens ne stockent pas directement les données sensibles, leur exposition est plus faible en cas de violation de données. Parallèlement, leur gestion est facilitée sur l’omnicanal : portefeuilles électroniques (Google Pay, Apple Pay, Samsung Pay, etc.), paiement sans contact (plateformes Stripe, PayPal, Square, etc.), cartes virtuelles (distribuées par les grandes banques, les banques en ligne telles que BforBank ou Fortuneo, et les banques mobiles telles que Revolut, N26 ou Bunq). Mieux, la réutilisation sans frictions des tokens pour des paiements récurrents renforce la fidélisation client, la rétention donc les revenus.
La carte bancaire virtuelle cartonne chez les jeunes
Paiements mobiles, Card on File, la tokenisation s’attaque désormais au Click to Pay. Le réseau Visa impulse cette progression en 2024, rejoint par le groupement cartes bancaires et MasterCard. Brice van de Walle, directeur général de MasterCard France se projette pour le commerce en ligne, avec « l’objectif de 100 % de tokenisation est 2030 : nous allons faire en sorte que toutes les banques cadencent leurs efforts pour arriver à cette timeline ».
Loys Moulin, directeur des projets et marketing au groupement des Cartes bancaires, tempère : « On est encore loin des cartes sans numéro. Les cartes physiques permettent une certaine résilience, car non tributaires d’une panne informatique. On parle plus d’une cohabitation que d’un remplacement. » Attention malgré tout, car une génération bouscule le secteur à vitesse grand V.
Selon une enquête YouGov/Le Crédit Agricole, 75 % de la gen Z (moins de 25 ans) utilisent une carte bancaire virtuelle. Un tiers dans leur quotidien. Ces digital natives poussent la dynamique existante : 55 % des Français déclarent utiliser une carte bancaire virtuelle pour leurs achats. Ils valorisent la praticité (23 %), la sécurité (22 %), et la souplesse et l’organisation (15 %). Les réfractaires ne sont plus que 17 %, souvent pour des questions d’habitude, en particulier chez les plus de 55 ans.
Afin de concilier les attentes, les banques mobiles comme BforBank, Revolut ou N26 commercialisent des cartes bancaires physiques et virtuelles. Si la transition vers la tokénisation des paiements trouve écho dans les comportements des usagers bancaires, sa mise en place technique réclame encore du temps.