Des agences bancaires toujours moins fréquentées
SumUp, l'un des leaders des TPE pour les indépendants, a souhaité comprendre les besoins bancaires des Français, leurs préférences de paiement, mais également leur intérêt pour les banques en ligne. Le premier enseignement est que plus d’un tiers des personnes sondées (34 %) utilisent désormais exclusivement des services bancaires dématérialisés.
Les motivations principales sont d’ordre économique, avec 72 % des utilisateurs citant les tarifs avantageux, et d’ordre pratique comme mentionné par 31 % des répondants. Par ailleurs, une proportion importante de la population (67 %) reconnaît ne plus fréquenter physiquement les établissements bancaires depuis plus d’un semestre. Le score reflète une désaffection pour les agences traditionnelles.
Les grandes banques de réseaux l’ont d’ailleurs intégré dans leur plan de développement. Évidemment, l’aspect financier fait partie de l’équation, car fermer des agences bancaires, c’est faire des économies en matière de coûts structurels. C’est également faire le constat d’un recul net de leur fréquentation, donc de leur rentabilité et de leur intérêt à être maintenues.
Les données confirment la tendance observée avec la disparition de 3 296 points de vente bancaires français ces cinq dernières années. Cette dynamique est pourtant à nuancer par rapport aux autres pays européens. Les banques restent soucieuses d’offrir un service de proximité à leur clientèle. C’est particulièrement le cas pour les banques mutualistes dont la valeur de proximité fait partie intégrante de leur raison d’être. De plus, cette catégorie d’établissements n’est pas concernée par des versements de dividendes aux actionnaires.
Reste que l’enquête SumUp corrobore ce phénomène : 67 % des participants n’ont pas visité d’agence depuis au moins six mois. Parmi eux :
- 25 % n’y vont qu’en cas de problème ou pour récupérer des documents ;
- 15 % gèrent tout numériquement ;
- 7 % n’y ont jamais mis les pieds.
Un tiers des sondés (33 %) ont constaté des fermetures d’agences dans leur secteur géographique, mais 19 % restent sereins grâce aux services en ligne. De plus, 12 % observent que même les agences encore actives proposent un service restreint.
L’attrait croissant pour les solutions numériques en 2025
La digitalisation du secteur est alimentée par l’évolution des attentes des consommateurs et leur recherche de commodité. Les statistiques de recherche Google témoignent de cet engouement : les requêtes concernant les applications bancaires ont progressé de 60 % sur les douze derniers mois, démontrant l’intérêt grandissant pour ces plateformes numériques.
L’analyse indique que 34 % de l’échantillon interrogé a franchi le pas vers le banking intégralement numérique, avec 10 % ayant complètement rompu avec les institutions classiques. À l’inverse, 14 % demeurent indécis quant à cette transition. Les habitants de la région parisienne montrent le chemin : 42 % des Franciliens ont embrassé la banque entièrement digitale, et 23 % envisagent sérieusement cette option après s’être informés davantage. Ces proportions dépassent largement celles observées à Reims (23 %) et Nantes (26 %).
La région parisienne présente également l’une des résistances les plus faibles aux services bancaires dématérialisés (18 %). Concernant la fréquentation des agences, 20 % des Parisiens admettent une absence totale sur l’année écoulée, privilégiant les solutions numériques.
La répartition par tranches d’âge est également révélatrice puisque les 18-24 ans sont 46 % à avoir adopté ces services, tandis que les 25-34 ans atteignent 52 %. Cette tendance s’inverse chez les plus de 55 ans, où seulement 22 % ont effectué la bascule, et 44 % excluent catégoriquement cette possibilité. Or, étant donné le taux d’attrition dans le secteur bancaire autour de 5 %, attirer une jeune clientèle est une garantie de revenus à l’avenir.
Une fragmentation de la relation bancaire toujours plus marquée
Parue en avril dernier, la 11e étude annuelle de Bain & Company sur les comportements clients dans la banque de détail en France allait déjà dans le sens de l’enquête SumUp. Le monopole des banques traditionnelles s’érode année après année sous les coups de boutoir des Fintechs et des banques en ligne. Les acteurs du digital séduisent 78 % des clients français (+11 points depuis 2021).
La banque du quotidien n’est plus le seul segment concerné. Les banques mobiles gagnent des parts de marchés sur les produits d’épargne et les solutions d’investissement y compris chez la clientèle aisée. L’étude mesure une perte de 78 % à 67 % de la part des produits souscrits auprès de la banque principale, signe pour les auteurs d’une fragmentation accrue de la relation bancaire.
Les banques s’adaptent aussi aux nouveaux besoins de leur clientèle. Pour Frédéric Guyonnet, président du SNB CFE-CGC, syndicat majoritaire du secteur, les clients fréquentent moins les agences, mais « lorsqu’elles ferment, ils sont mécontents. Ils veulent pouvoir pousser les portes de leur banque en cas de besoin. Il y a des moments, au cours de votre vie, où vous ne faites pas les opérations à distance : lors d’une séparation, d’un achat de résidence principale, ou encore d’un dossier de succession. On a besoin d’un conseiller que l’on connaît, d’un véritable contact humain. »
En attendant d’observer la dynamique, BNP Paribas projette de fermer près de 600 agences en France d’ici à 2030, sur les 1 500 dénombrées sur le territoire, selon les informations collectées par franceinfo. La banque explique adopter « une approche pragmatique, région par région, qu’il s’agisse de regrouper les agences, de les fermer ou de les rénover. L’objectif est d’avoir le dispositif bancaire le plus pertinent pour nos clients en France et d’avoir la majorité des équipes de nos agences composée d’au moins cinq collaborateurs en 2030 ». Tout est question d’équilibre.