Actions, ETF : essor remarquable de l'investissement boursier des particuliers

Actions, ETF : essor remarquable de l'investissement boursier des particuliers

Le premier trimestre 2025 a marqué un tournant significatif dans le comportement d'investissement des particuliers français, avec une activité boursière d'une ampleur inédite depuis 2022. Cette dynamique s'inscrit dans un environnement financier complexe, caractérisé par l'ascension fulgurante des ETF et des incertitudes macroéconomiques persistantes.

Rédigé par Olivier BALBASTRE

le 24 Juin 2025

Bourse 2025 : une activité record portée par les nouveaux investisseurs

Les données de l’Autorité des marchés financiers (AMF) révèlent une effervescence sur les marchés. Entre janvier et mars 2025, 801 000 personnes ont effectué au moins une transaction sur des actions cotées dans l’Union européenne, soit une progression de 9 % par rapport à la même période de 2024 et de 7,37 % comparativement au premier trimestre 2023. Cette performance constitue le niveau le plus élevé observé depuis le premier trimestre 2022.

L’engouement s’est particulièrement manifesté du côté des acquisitions d’actions, avec 613 000 investisseurs ayant procédé à au moins un achat, établissant un nouveau record depuis 2022. L’afflux de nouveaux investisseurs s’avère également notable, avec 71 000 personnes n’ayant réalisé auparavant aucune opération boursière depuis janvier 2018 ou débutant dans l’investissement, un chiffre inégalé depuis le premier trimestre 2022. Le volume global d’ordres passés par les particuliers français sur les actions européennes a atteint 11,9 millions, marquant un sommet sur deux ans.

L’ascension fulgurante des ETF comme vecteur de démocratisation

La croissance la plus spectaculaire concerne les Exchange Traded Funds (ETF), qui ont connu un développement sans précédent. Le nombre d’investisseurs individuels ayant négocié des ETF a établi un record trimestriel de 435 000 au début de 2025, doublant sur une période de douze mois. Parmi ces investisseurs, 393 000 ont procédé à des achats d’ETF, dont 105 000 pour la première fois, traduisant une augmentation de 98 % des nouveaux investisseurs en ETF sur un an et une multiplication par 4,5 depuis le premier trimestre 2023. Le volume transactionnel a également explosé avec 2,3 millions de transactions enregistrées, soit une hausse de 44 % par rapport au trimestre précédent et de 130 % sur base annuelle.

Dans leur chronique mensuelle, EasyBourse, en partenariat avec BNP Paribas Asset Management, rapporte des chiffres de mai 2025 au niveau européen :

  • 26 milliards d’euros de collecte pour les ETF,
  • 70 % des flux fléchés sur les ETF actions (top 3 : ETF actions mondiales, européennes et américaines),
  • 30 % des flux fléchés sur les ETF obligataires (obligations d’entreprises européennes et obligations américaines de très courte durée),
  • 130 milliards d’euros de collecte pour les ETF depuis le début de l’année,
  • 2000 milliards d'euros, ce que représente l’industrie des ETF. 

Pourquoi les ETF attirent-ils autant les investisseurs en 2025 ?

Cette expansion des ETF s’explique par plusieurs facteurs convergents :

  1. La démocratisation de l’offre constitue un élément déterminant, ces produits étant désormais disponibles dans la quasi-totalité des comptes-titres, la grande majorité des Plans d’Épargne en Actions (PEA), et de plus en plus en assurance vie.
  2. L’attractivité tarifaire représente un autre avantage concurrentiel majeur, avec des frais moyens d’environ 0,3 % par an contre 1 à 1,5 % pour les fonds traditionnels, soit un coût cinq à dix fois inférieur.
  3. Les performances exceptionnelles des indices de référence ont également contribué à cet engouement, avec des gains de 25 % pour le Nasdaq, 23,3 % pour le S&P 500 et 19,19 % pour le MSCI World au cours de l’exercice précédent.
  4. La flexibilité qui permet d’acheter ou de vendre un ETF en temps réel.
  5. La gestion passive qui consiste à répliquer fidèlement un indice sous-jacent plutôt qu’à surpasser le marché, et sans besoin de faire du stock-picking.
  6. La diversité d’actions répliquées au sein d'un seul véhicule qui évite de mettre tous ses œufs dans le même panier.
  7. La transparence qui permet aux investisseurs de comprendre précisément quels actifs composent le fonds, moteur de confiance. 

La domination des ETF et ses implications structurelles

Les ETF ont pris de l'ampleur dans le paysage de l’investissement en 2025, proposant une solution accessible, flexible et économique. Fonctionnant sur le principe de la gestion passive, ces instruments répliquent la performance d’indices boursiers grâce à des algorithmes qui ajustent automatiquement les portefeuilles sans intervention de gérants, minimisant ainsi les coûts de gestion. Leur accessibilité via les comptes-titres, et les PEA contribue à leur succès, d'autant qu'il est possible d’investir indirectement sur les marchés mondiaux tout en conservant l’éligibilité au PEA.

L’expansion de la gestion passive au cours des quinze dernières années a conduit cette approche à représenter, depuis 2023, la majorité des montants détenus en Bourse dans le monde. Les géants de la gestion d’actifs que sont BlackRock, Vanguard et State Street gèrent collectivement environ 25 000 milliards de dollars, BlackRock occupant la position de premier gestionnaire mondial avec 11 550 milliards de dollars d’encours, dont les deux tiers en gestion passive.

L’attrait des ETF se révèle particulièrement marqué chez les jeunes investisseurs, avec plus d’un tiers des investisseurs de moins de 45 ans ayant opté pour ces produits lors de leur première transaction au premier semestre 2024. Une enquête de décembre 2024 a même révélé que près de la moitié des épargnants âgés de 24 à 33 ans avaient intégré les ETF à leur portefeuille.

Les effets secondaires d'une adoption massive des ETF

L'accessibilité aux ETF masque des enjeux plus complexes. En effet, ils ne contribuent pas directement au financement de l’économie réelle en ne participant pas aux introductions en Bourse, maillon essentiel du financement des entreprises. Par ailleurs, la taxe sur les transactions financières s’applique aux titres individuels, mais épargne les ETF, créant une distorsion concurrentielle favorable aux grands émetteurs américains au détriment des investisseurs actifs.

L’essor des trackers passifs induit également un risque d’amplification des mouvements de marché par l’effet de mimétisme qu’ils génèrent. Cette forme institutionnalisée de comportement grégaire crée des distorsions dans l’allocation des actifs, la concentration sur les grandes capitalisations nuisant au financement d’acteurs moins visibles, notamment les PME innovantes. La popularité des indices américains s’effectue également au détriment des marchés européens même si les chiffres de 2025 font entorse à cette vérité.

La concentration de montants considérables entre les mains de quelques acteurs majeurs, BlackRock, Vanguard et State Street détenant 80 % du marché mondial des ETF, soulève des questions légitimes sur la gouvernance et le pouvoir d’influence de ces entités. Néanmoins, les ETF demeurent des outils de placement efficaces, à condition de les intégrer dans une stratégie d’investissement cohérente mêlant ETF, fonds traditionnels et titres individuels. L’émergence récente des ETF actifs, qui combinent les avantages de la gestion active avec l’accessibilité et la transparence des ETF, ouvre de nouvelles perspectives.

Le paradoxe comportemental des investisseurs français

Malgré l’engouement manifeste pour les ETF au premier trimestre 2025, une enquête du gestionnaire d’épargne Yomoni révèle un paradoxe comportemental frappant. Les Français manifestent une préférence pour le Loto par rapport à la Bourse pour placer leurs économies, 79 % d’entre eux considérant le jeu de hasard comme moins risqué que l’investissement boursier, seuls 5 % estimant l’inverse.

Cette perception se traduit dans les comportements : près de la moitié des Français déclarent jouer régulièrement ou occasionnellement à des jeux d’argent, tandis que 65 % n’ont jamais investi en Bourse et ne prévoient pas de le faire. Les principales barrières identifiées par les non-investisseurs sont :  

  • le manque de compréhension des mécanismes boursiers pour 71 % d’entre eux
  • le sentiment de ne pas disposer de capitaux suffisants pour 61 %
  • la méfiance envers les marchés financiers pour 51 %.

Cette perception contraste avec la réalité économique, les probabilités de gain au Loto étant infimes tandis que les actions génèrent en moyenne près de 10 % de rendement annuel sur des périodes de 15, 30 ou 40 ans, surpassant les autres placements traditionnels. Cette dichotomie souligne l’importance de l’éducation financière dans la démocratisation de l’investissement.

Les enjeux estivaux et les facteurs de risque macroéconomiques

Alors, cet été, faut-il mieux jouer au loto ou continuer d’investir sur les ETF en gestion passive ? On note que la dynamique du premier trimestre s’est heurtée à un retournement de tendance significatif, avec un décrochage des indices fin février et une chute brutale en avril consécutive aux annonces présidentielles américaines concernant les droits de douane. Sans compter le contexte géopolitique très tendu, pouvant laisser présager une volatilité et une activité différente pour le deuxième trimestre 2025. 

L’analyse historique des marchés financiers révèle que les périodes estivales peuvent constituer des moments de vulnérabilité accrue. Les corrections estivales majeures, qu’il s’agisse de l’invasion du Koweït en août 1990, des prémices de la crise des subprimes en juillet-août 2007, de la dévaluation du yuan chinois en août 2015, ou de la remontée brutale des taux directeurs japonais fin juillet 2024, partagent une caractéristique commune : elles surviennent dans un contexte de faiblesse relative des volumes de transactions et des liquidités, amplifiant l’impact des chocs sur des marchés manquant de profondeur.

Les spécialistes soulignent que les décideurs profitent parfois de ces périodes creuses pour modifier leurs politiques monétaires, comme ce fut le cas lors de la dévaluation du rouble en août 1998 ou du réajustement du franc suisse en 2011. Néanmoins, l’absence d’éléments suffisamment concordants ne permet pas de considérer l’été comme un facteur déclencheur systématique de crises financières.

L’incertitude politique américaine constitue un élément d’instabilité supplémentaire. La trêve de 90 jours sur les tarifs douaniers annoncée par l’administration Trump, devant prendre fin début juillet, génère plus d’interrogations que de certitudes. Cette politique s’inscrit dans un contexte d’endettement massif des États-Unis, d’incertitudes sur les réductions budgétaires, de risques de résurgence inflationniste et de tensions géopolitiques persistantes. Face à ces défis, la diversification des stratégies d’investissement apparaît comme l’approche privilégiée pour atténuer la prise de risque.

Alors, loto ou ETF ? Indice : vous avez une chance sur 139 838 160 de gagner à l’EuroMillions alors qu’un rendement de 7 % suffit à doubler son patrimoine en dix ans. D’après l’Institut de l’Épargne Immobilière et Foncière (IEIF), sur 40 ans, parmi les grandes classes d’actifs, ce sont les actions qui rapportent le plus, peu importe l’horizon de placement (15 ans, 30 ans ou 40 ans) avec près de… 10 % par an. Faites-vos jeux !

Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.