L'assurance vie en pleine mutation

L'assurance vie en pleine mutation

Peu importe si le rendement réel est négatif, les Français apprécient leur contrat d'assurance vie en fonds euros. Leur capital est garanti et disponible. Problème : dans un contexte durable de taux bas, les assureurs contraints par des règles de solvabilité s'épuisent.
Banques en ligne

Rédigé par Olivier BALBASTRE

le 10 Janvier 2020

assurance vie en pleine mutation

Rendement assurance vie 2020 : les premiers résultats tombent

Dans un environnement peu favorable, les compagnies d’assurance ont commencé, dès le mois de septembre, à avertir leurs clients que les rendements des fonds euros de leur contrat d’assurance vie allaient baisser. C’est le cas notamment pour Swiss Life, Aviva et Generali qui ont fixé cette rémunération à 1%, alors que leur taux servi en 2018 était respectivement de 1,50% pour les deux premiers cités, et 1,75% pour le troisième.

Même tendance chez CNP Assurances, dont le directeur général, Antoine Lissowski, annonçait début décembre : « une baisse significative des rendements », ou chez Allianz France, dont le taux moyen devrait tomber de 1,70% à 1,20% en 2019.

Certaines compagnies maintiennent tout de même des rendements supérieurs à l’instar des assureurs mutualistes du groupe Covéa : 1,90% chez la GMF pour son contrat multisupport Multéo (-0,20% par rapport à l’an dernier), 1,75% chez la MAAF pour le compartiment en euros du contrat Winalto (-0,10%), et 1,47% chez MMA pour son contrat MMA Multisupport (-0,04%).

Autres résultats connus : comptez un rendement de 1,35% pour les supports en euros des principaux contrats Sogécap (Société Générale Assurances). La France Mutualiste annonce un rendement de 1,62% sur le fonds Euros de ses produits multisupports Actépargne2, Livret Jeun'Avenir et Livret RM ainsi que 1,47% sur les fonds en Euros monosupports Funépargne, Rentépargne et Bonépargne. On peut noter un rendement de 1,50% sur le contrat multisupport Multi Vie de la Macif, 1,50% pour les fonds en euros des contrats multisupports de la MAIF et 1,70% pour le RES Multisupport proposé par MACSF.

Pourquoi les assureurs vie sont-ils sous pression ?

Les compagnies d’assurance sont mises en difficulté par l’environnement persistant des taux bas. Pourquoi ? Parce que les fonds euros sont à la fois liquides et sécurisés, le capital étant garanti. Il faut donc que les assureurs puissent, à tout instant, répondre favorablement aux assurés qui demandent leur argent.

En ce sens, la marge de solvabilité réglementaire les oblige à détenir un minimum de fonds représentatifs des actifs : 4% pour les fonds euros (contre 1% pour les unités de compte). Autrement dit : pour 100 euros placés sur un fonds euros, les compagnies d’assurance et les banques doivent avoir 4 euros disponibles. Outre cette problématique de collecte de réserves réglementaires, les assureurs placent les fonds euros à capital garanti sur des obligations aux taux de 0%, voire négatifs. Résultat : ils perdent de l’argent, tout en devant abonder sans cesse leurs bilans pour répondre de leur marge de solvabilité.

Pour retrouver un peu d’air, les compagnies d’assurance ont fait pression sur l’exécutif afin d’inclure dans le calcul de leur ratio de solvabilité les provisions pour participation aux bénéficies (PPB). Mesure accordée par le gouvernement fin décembre avec toutefois un périmètre bien défini. Seuls les assureurs présentant une perte annuelle peuvent actionner ce levier, à condition qu’ils précisent la façon dont ils reverseront l’argent appartenant aux épargnants dans un délai de huit ans.

Valoriser les supports en unités de compte

Les compagnies d’assurance et les banques font en sorte que les épargnants délaissent, au moins en partie, les fonds euros des contrats d’assurance vie. Incités par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), les assureurs ont décidé de durcir les conditions d’accès aux fonds euros pour les futurs versements. Comment ? En baissant comme on l’a vu les rendements servis en 2019, en réévaluant à la hausse des frais à l’entrée des contrats d’assurance vie en fonds euros, ou bien en obligeant leurs clients à flécher un pourcentage de leur argent vers les assurances vie en unités de compte (UC).

La fin de l’année 2019 a justement été marquée par un frémissement de la collecte en UC. La part de ces supports investis en actions, plus risqués pour le capital mais logiquement plus rémunérateurs, représente 37% de la collecte brut de l’assurance vie en novembre dernier (contre 26% en moyenne sur les onze premiers mois), selon la Fédération française de l’assurance (FFA).

Néanmoins, la nuance est de rigueur comme l’expriment les économistes du Cercle de l’Epargne : « Compte tenu du poids des fonds euros - environ 80 % de l'encours -, le rééquilibrage en faveur des unités de compte mettra du temps et nécessite un effort de pédagogie évident ». Pour favoriser ce mouvement, la loi Pacte avait d’ailleurs ouvert les contrats en UC aux entreprises non cotées, à la finance responsable et au capital-investissement.

Le fonds eurocroissance comme solution intermédiaire

L’exécutif tente d’accompagner cette mutation de l’assurance vie en faisant la promotion de produits d’épargne alternatifs aux fonds euros de l’assurance vie, à l’instar du Plan d’Epargne Retraite (PER), lancé en octobre 2019, et surtout du fond eurocroissance. Ainsi, un récent décret d’application publié au Journal officiel remodèle ce véhicule pour convaincre les épargnants. Solution intermédiaire entre les fonds euros et les UC, le fonds eurocroissance peine à séduire depuis sa création en 2014 : 3 milliards d’euros contre 1785 milliards d’euros de l’assurance vie. Bercy a décidé de revoir ses caractéristiques en rendant sa performance plus compréhensible et en alignant les règles pour tous les distributeurs.

Concrètement, le fonds eurocroissance offre toujours la garantie du capital au bout de huit ans de détention mais pas dans son intégralité (au minimum 80%). Cette flexibilité permet aux assureurs de diversifier le portefeuille d’actifs pour générer une meilleure performance. De son côté, l’épargnant peut adapter la garantie à horizon de temps correspondant à son projet. Mais le scepticisme perdure. Ainsi, Sylvain Coriat, membre du comité exécutif d’Allianz France, relève toujours deux grands inconvénients : « d’une part, il ne permet pas au souscripteur de bénéficier dans la durée de toute la richesse qui a été accumulée dans le fonds en euros » et, d’autre part, que le cantonnement des fonds a « de grandes conséquences en matière de marges de solvabilité ».

Bien que le rendement de l’assurance vie en fonds euros s’érode année après année, passant même sous l’inflation, les Français continuent pour l’heure d’y déposer leur argent, comme sur le Livret A, dont le taux d’intérêt pourrait descendre à 0,5% au 1e février. Nul doute que, pour infléchir l’aversion au risque, la pédagogie financière se révèle être une tâche de longue haleine.

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