Trade Republic nouvelle décacorne : la progression en chiffres
En trois ans et demi, Trade Republic a multiplié sa valeur par 2,5. La startup était estimée à 5 milliards d’euros en 2022. Elle franchit désormais le seuil symbolique des 10 milliards de dollars qui définit le statut de décacorne. La voici en tête des startups allemandes. Au niveau européen, la plateforme dépasse Mistral, la pépite française de l’intelligence artificielle valorisée à 11,7 milliards d’euros. Seul Revolut fait mieux dans le secteur des néobanques avec ses 75 milliards de dollars. Mais la comparaison s’arrête là : Trade Republic affiche des bénéfices depuis trois ans, ce qui change radicalement la donne.
Pour rappel, l’exercice clos en septembre 2024 indique que les revenus atteignent 340 millions d’euros et que le bénéfice net s’établit à 34,8 millions d’euros. Si les montants restent modestes comparés à la valorisation, la rentabilité est, elle, réelle et pérenne. D’ailleurs, la croissance opérationnelle suit une courbe tout aussi positive. Plus de 10 millions d’utilisateurs font confiance à la plateforme.
Les actifs sous gestion dépassent 150 milliards d’euros. Surtout, un autre chiffre passe sous les radars : 566,5 millions d’euros de fonds propres. Chose rarissime dans la tech. Cette réserve permet donc d’encaisser les chocs et d’investir sans aller se financer sur les marchés tous les six mois. Alors, pourquoi procéder à une vente de titres ?
Une opération atypique de 1,2 milliard d’euros
L’opération financière qui accompagne cette revalorisation n’est pas une levée de fonds au sens classique du terme. La somme récoltée provient d’une vente secondaire de titres.
Concrètement ? Les actionnaires historiques ont cédé leurs parts à de nouveaux investisseurs. L’argent n’entre pas dans les caisses de l’entreprise, mais revient aux premiers financeurs. C’est leur récompense après des années d’investissement précoce, souvent risqué.
Autrement dit : la vente secondaire permet aux business angels qui ont cru au projet quand personne n’y croyait de matérialiser leurs gains. C’est le cycle naturel du capital-risque, mais peu de startups atteignent ce stade. Trade Republic n’a plus forcément besoin de capitaux externes. L’entreprise génère suffisamment de revenus pour financer sa croissance, une marge de manœuvre bienvenue dans un secteur où la majorité des acteurs brûlent encore des millions chaque trimestre.
Le nouveau tour de table rassemble des pointures mondiales de l’investissement. Ainsi, Founders Fund, le fonds de Peter Thiel, renforce sa position. Sequoia, Accel, TCV et Thrive Capital augmentent également leur participation. La nouveauté vient de l’arrivée de grandes familles européennes. Aglaé Ventures, le véhicule d’investissement des Arnault, prend une part du capital. Lingotto Innovation, contrôlé par les Agnelli, fait de même. Ces familles ne misent pas sur des coups spéculatifs. Elles recherchent des investissements solides avec une vision à dix ou vingt ans.
Les institutionnels sont également de la partie. Fidelity et Wellington Management, deux mastodontes de la gestion d’actifs, rejoignent l’aventure. Khosla Ventures et GIC, le fonds souverain de Singapour, complètent le tableau. Cette diversité garantit une stabilité du capital et évite la dépendance à un seul type d’investisseur.
Stratégie de Trade Republic : une approche patrimoniale globale
En 2023, Trade Republic a obtenu sa licence complète et sort du simple courtage discount. La plateforme propose alors un compte courant rémunéré à 3 % brut, calqué sur les taux de la Banque Centrale Européenne (BCE). Les épargnants, lassés des 0,5 % proposés par les livrets bancaires d’établissements traditionnels, ont sauté sur l’occasion. L’offre tombe au bon moment : avec des taux élevés, laisser dormir son argent sur un compte classique revient à perdre de l’argent.
L’ouverture au Private Equity dès 1 euro casse les codes du secteur. Traditionnellement, ces investissements exigent des tickets d’entrée à six ou sept chiffres. Trade Republic démocratise l’accès à cette classe d’actifs réservée aux fortunés et aux institutionnels. La plateforme applique à l’investissement non coté la même logique que celle qui a fait son succès sur les actions : rendre accessible à tous ce qui était réservé à quelques-uns.
En novembre 2025, la proposition d’un Crypto Wallet permet aux souscripteurs d’acheter, de vendre et de détenir des cryptomonnaies. Trade Republic ne se contente pas de suivre la tendance crypto, elle l’intègre dans une approche patrimoniale globale. L’ambition est claire : ne plus être un simple point d’entrée pour investir en Bourse à moindre coût. La Fintech vise le statut de partenaire financier principal de ses utilisateurs. Compte courant, épargne rémunérée, Bourse, Private Equity, cryptomonnaies : la palette couvre désormais l’ensemble des besoins patrimoniaux.
Cette stratégie modifie l’équation économique. Un client qui concentre tous ses avoirs sur Trade Republic génère bien plus de revenus qu’un utilisateur qui passe seulement quelques ordres de Bourse par mois. La récurrence des revenus augmente, la fidélité aussi. C’est ce modèle qui explique la confiance des investisseurs et justifie la valorisation de 12,5 milliards d’euros.
