Euro numérique et stablecoins : l'Europe avance en ordre dispersé

Euro numérique et stablecoins : l'Europe avance en ordre dispersé

Neuf grandes banques européennes unissent leurs forces pour créer un stablecoin en euros. Cette initiative majeure pourrait transformer la stratégie numérique du secteur financier européen et offrir une alternative crédible aux géants américains qui dominent actuellement ce marché. Mais quid de l'euro numérique ?
Banques en ligne

Rédigé par Olivier BALBASTRE

le 09 Octobre 2025

Euro numérique et stablecoins

Un stablecoin en euros pour freiner l’hégémonie américaine

Le consortium qui mène l’initiative d’un stablecoin adossé à l’euro réunit ING (Pays-Bas), Banca Sella et UniCredit (Italie), KBC (Belgique), Danske Bank (Danemark), DekaBank (Allemagne), SEB (Suède), CaixaBank (Espagne) et Raiffeisen Bank International (Autriche). Basée aux Pays-Bas, la nouvelle entité vise à obtenir une licence d’institution de monnaie électronique auprès de la Banque centrale néerlandaise (DNB), sur le modèle des néobanques. Une première émission est attendue au second semestre 2026, et d’autres établissements pourront rejoindre le projet.

Conçu dans le respect du règlement européen MiCAR (Markets in Crypto-Assets Regulation) entré en vigueur à la mi-2024, ce stablecoin ambitionne de devenir un standard européen de paiement numérique basé sur la blockchain. Contrairement à des cryptoactifs volatils comme le bitcoin ou l’ether, il sera adossé à l’euro et conçu pour maintenir une valeur stable, facilitant ainsi les paiements rapides, les transferts transfrontaliers ou encore les échanges dans l’écosystème crypto.

Actuellement, ce marché est largement dominé par les Américains Tether (USDT) et Circle (USDC), tous deux adossés au dollar et garantis par des bons du Trésor américain. Coingeko indique que le marché des stablecoins a franchi le seuil symbolique des 300 milliards de dollars de capitalisation au 3e trimestre 2025 contre 200 milliards de dollars au premier trimestre de cette année. Les deux stablecoins américains sont ultra dominants, l’USDT de Tether pésant 174 milliards de dollars et l’USDC de Circle 73 milliards de dollars. 

L’ambition européenne est donc claire : proposer une alternative souveraine et régulée. Le consortium souligne également l’enjeu stratégique de cette démarche : en créant une alternative européenne aux stablecoins américains, il s’agit de renforcer l’autonomie financière du continent et de bâtir une infrastructure de paiement numérique souveraine, au service des consommateurs comme des entreprises.

Atouts du stablecoin : paiements instantanés, programmables et transparents

Un stablecoin permet des paiements quasi instantanés à faible coût, disponibles 24 h/24 et 7 j/7, mais aussi des paiements programmables, une meilleure gestion des chaînes d’approvisionnement, ou encore le règlement d’actifs numériques. Les banques pourront également offrir des services complémentaires, comme des portefeuilles de stablecoins ou leur conservation. Le responsable des actifs numériques chez ING, Floris Lugt, évoque des paiements numériques « essentiels pour les nouvelles infrastructures de paiement et de marché financier libellées en euros. Ils offrent une efficacité et une transparence importantes, grâce aux fonctionnalités de programmabilité de la technologie blockchain et au règlement instantané 24 h/24 et 7 j/7 entre devises. »

Pour Erik Luts, directeur de l’innovation de KBC, ce projet « apportera de la stabilité au monde de la crypto et de la tokenisation » et offrira une combinaison unique entre « la fiabilité des banques [et] la flexibilité de la blockchain », posant ainsi les bases d’« une infrastructure financière durable et évolutive ». De son côté, Flamina Lucia Franca, responsable des transactions bancaires Chez Danske Bank insiste sur le fait que « les actifs numériques ont le pouvoir de transformer le paysage financier, non seulement en introduisant de nouvelles formes de monnaie, mais aussi en générant des gains d’efficacité et des économies significatifs pour le secteur financier et ses clients. »

Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de certaines banques comme KBC, qui prévoit d’autoriser prochainement l’achat de bitcoins et d’ethers via son application – une première pour une banque belge – ou ING, qui développe ses propres services liés aux cryptoactifs. En France, la filiale crypto de Société Générale, Forge, vient d’annoncer le déploiement de deux stablecoins qui répliquent la valeur de l’euro (EURCV) et du dollar (USDCV), sur des protocoles offrant l’opportunité de faire des emprunts et des prêts sur la blockchain.

Stablecoin ok, mais l’euro numérique dans tout ça ?

Face à l’ascension fulgurante des stablecoins accotés au dollar, les banques européennes passent donc à l’offensive et s’unissent pour bâtir leur propre alternative. Une stratégie qui pourrait venir bousculer les ambitions de Christine Lagarde et de la BCE autour de l’euro numérique dont le projet, en cours depuis 2021, vise aussi à réduire la dépendance aux cartes de paiement américaines Visa et MasterCard dans les transactions. 

Le 19 septembre dernier, les ministres des Finances de l’Union européenne se sont accordés sur une feuille de route autour de la monnaie virtuelle. Ils auront leur mot à dire sur la limite de détention des euros numériques détenus par les particuliers. Toutefois, les banques privées freinent les velléités.  
Le président du Crédit Mutuel, Daniel Baal, a même qualifié l’euro numérique de « dangereux ». Les raisons avancées sont les suivantes :  

  • les banques ne voient pas de plus-value avec l’euro numérique, elles qui développent déjà leur solution paneuropéenne Wero ;
  • les banques rechignent à investir massivement en matière d’infrastructures pour se connecter ;
  • les banques craignent une fuite des dépôts de leurs clients, car les comptes individuels en euros numériques pourraient être gérés via un prestataire de paiement choisi par la BCE. En écartant de fait les banques, cette organisation entraînerait un moindre captage des dépôts des clients. Pour rappel, les dépôts au passif du bilan bancaire permettent de financer l’octroi de prêts à la clientèle à l’actif.

Le chemin vers l’euro numérique reste semé d’embûches. La phase préparatoire du projet s’achèvera en octobre, mais le cadre législatif nécessaire pourrait ne pas être adopté avant le deuxième trimestre 2026, selon Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE. Un délai bien plus long que celui initialement envisagé – il espérait encore un vote dès début 2025. Après cette étape, il faudrait encore deux à trois ans pour que l’euro numérique soit accessible au grand public via smartphone, lors de la phase dite de déploiement.

En attendant, les projets privés de stablecoins en euros ont tout le temps de se développer, à moins que le poids de la concurrence américaine bien en avance empêche tout rééquilibrage.

 




Logo Freedom24
Freedom24

Logo Fortuneo
Fortuneo
Offre promotionnelle
jusqu'à
260 € offerts

Logo Monabanq
Monabanq
Offre promotionnelle
jusqu'à
280 € offerts

Logo Hello bank!
Hello bank!
Offre promotionnelle
jusqu'à
330 € offerts

Logo LCL
LCL
Offre promotionnelle80 € offerts

Articles les plus consultés