Des liquidités dormantes qui perdent de la valeur
La trajectoire budgétaire nationale impose un ajustement strict des finances publiques, illustré par la recherche de nouvelles recettes fiscales sur le capital des ménages et un déficit public à 5,4 % du PIB. Parallèlement, le paysage de la rémunération sans risque s’est modifié. Le taux du Livret A s’établit à 1,7 % net depuis le 1er août 2026, en légère hausse depuis février (1,5 %), et qui devrait à nouveau être modifié. Le 3 novembre devant l’Assemblée nationale, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé une « mise à jour du taux qui lui aussi sera amené à augmenter » en février 2027. Malgré cette perspective, le rendement réel devrait rester négatif par rapport au niveau de l’inflation (3,4 % sur un an en octobre 2026, selon l’estimation provisoire de l’Insee). L’argent placé perd donc de sa valeur à court terme.
Dans ce contexte, maintenir un surplus de trésorerie sur un compte courant sans rémunération ou sur des comptes d’attente peu performants constitue une stratégie défavorable. La passivité expose le capital à une perte de pouvoir d’achat mécanique face à l’inflation. Le manque à gagner s’accumule chaque mois sans qu’aucun rendement ne vienne compenser l’effet de la hausse des prix.
Taux garantis et échéances fiscales : un calendrier serré
L’attentisme comporte des risques financiers directs. Les taux des comptes à terme dépendent de la conjoncture et ne sont garantis qu’à ceux qui les verrouillent. Selon les dernières données de la Banque de France, les nouveaux comptes à terme (CAT) affichent une nette remontée et proposent désormais en moyenne 2,53 % brut pour des durées inférieures ou égales à deux ans, et 3,06 % brut au-delà. Après la flat tax de 31,4 %, cela représente respectivement 1,74 % et 2,10 % net.
Les échéances courtes parviennent ainsi à dépasser d'une courte tête les 1,7 % net du Livret A (exonéré d’impôt), tandis que les comptes à terme de plus de deux ans s'imposent comme une alternative solide pour bloquer un rendement supérieur. Différer le placement de ses surplus monétaires signifie prendre le risque de devoir réinvestir plus tard à des conditions moins favorables si les taux venaient à reculer.
À ce contexte monétaire incertain s'ajoute un calendrier fiscal à double tranchant. D'un côté, le projet de loi de finances pour 2027 apporte une respiration aux ménages en prévoyant d'ajuster le barème de l'impôt sur le revenu à +2,1 %, limitant ainsi les hausses d’impôt mécaniques liées à l'inflation. D'un autre côté, le cadre législatif issu de la loi de finances 2026 impose des échéances strictes. Ainsi, la précédente réforme du plan d’épargne retraite apporte une souplesse bienvenue en portant de trois à cinq ans le délai de report des plafonds de déduction non utilisés, pour les plafonds acquis à partir de 2026. Ceux de 2023 à 2025 restent reportables trois ans. Un plafond de 2026 non utilisé pourra ainsi être déduit jusqu’en 2031, lors d’une année à forte imposition.
En contrepartie, la législation supprime totalement la déductibilité fiscale des versements effectués à partir de 70 ans. Pour les contribuables approchant cet âge, tout retard dans l’exécution de leurs versements se traduit par la perte définitive de la possibilité de réduire leur tranche marginale d’imposition. Il est donc nécessaire d’anticiper ses versements déductibles et l’utilisation de ses plafonds reportables avant d’atteindre ce seuil. Pour rappel, les fonds doivent être effectivement versés et enregistrés sur le PER avant le 31 décembre. Tout versement effectué à partir du 1er janvier s’imputera sur l’année fiscale suivante.
Stratégie d’arbitrage : une méthode simple en trois temps
Pour sortir de l’inertie sans prendre de risques inconsidérés, une réorganisation séquentielle de l’épargne s’impose. La première phase consiste à ajuster la poche de sécurité à court terme. La liquidité d’urgence se calibre entre deux et six mois de revenus à placer sur les livrets réglementés totalement exonérés d’impôt (Livret A, LDDS, Livret Jeune, LEP, ce dernier étant réservé aux foyers sous conditions de revenus).
Bonne nouvelle à ce titre, le Premier ministre a également annoncé un relèvement du plafond du Livret A en février 2027. Il pourrait passer de 22 950 euros à une fourchette « entre 25 000 et 30 000 euros ». La décision devrait se prendre dans les semaines à venir suite à une ultime concertation avec les banques et la Caisse des dépôts.
Le surplus de trésorerie doit être orienté vers des comptes à terme et les taux boostés des livrets bancaires afin de verrouiller les taux actuels. Pourquoi ? Parce que rien ne garantit leur maintien : si l’inflation reflue en 2027 (prévision de la Banque de France : 1,9 %), les taux proposés pourraient reculer. Il est intéressant de comparer les offres des banques en ligne (taux, durée, versement minimum) tout en tenant compte d’une possible contrainte d’immobilisation des fonds, de la fiscalité appliquée (flat tax de 31,4 %) et des éventuelles pénalités en cas de retrait anticipé.
La deuxième phase s’attaque à la dimension fiscale à moyen terme. L’activation du plan d’épargne retraite (PER) avant la fin de l’année civile permet de consommer les plafonds reportables (ceux de 2023 à 2025, reportables trois ans, puis celui de 2026) pour abaisser l’assiette imposable. Les sommes versées restent toutefois bloquées jusqu’à la retraite, sauf cas de déblocage anticipé, et sont taxées à la sortie. L’économie d’impôt réalisée dépend directement de la tranche marginale d’imposition (TMI), c’est-à-dire le taux appliqué à la tranche la plus haute des revenus (11 %, 30 %, 41 % ou 45 %). Les contribuables ayant atteint soixante-dix ans doivent flécher leurs nouveaux versements vers des véhicules alternatifs, la déductibilité n’étant plus permise sur le PER passé ce seuil.
Enfin, la troisième phase prolonge la stratégie à long terme. L’économie d’impôt générée par les versements sur le PER est réinvestie sur des enveloppes capitalisantes comme l’assurance-vie ou le plan d’épargne en actions (PEA). L’objectif n’est plus la déduction immédiate à l’entrée (PER), mais la capitalisation dans un cadre fiscal avantageux (assurance-vie, PEA).
